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 Un compte (véridique) de Noêl.

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MessageSujet: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:10

Mc LOS a écrit:
Mon ami Emile LACROIX vient de m'envoyer un petit feuillet qu'il avait rédigé il y a quelques années pour les membres de son club.
Il vient de le retrouver en rangeant son grenier...

Etonnante et véridique histoire qu'il m'a autorisé à partager avec vous.
L'histoire débute dans une ville Allemande, Aix-La-Chapelle, située à moins de 15 Km de mon village natal, à l'autre côté de la frontière "d'invasion".
Tout aussi étonnant le film amateur qui a découlé de cette histoire ou Emile; tout jeune (1967); joue le rôle d'un GI.
Autre époque, autres moyens mais déjà la même passion qu'aujourd'hui. Sacré Emile !!

Joyeux Noêl à tous...


Paix sur terre, aux (7) hommes de bonne
volonté.


Un souvenir d'enfance par Fritz VINKEN.

L'histoire suivante a été fournie par le «Jeune garçon » de l'histoire, Fritz VINKEN, pour un
programme TV Américain appelé « les mystères irrésolus » et a été reprise par la revue U.S.
officielle des vétérans de la bataille des Ardennes. John BOWEN, l'historien de la revue, a pu
déterminer que plus que surement, la plus grande unité US dans la région où se passe cette
histoire devait être la 106th Infantry Division. Cependant, le 24 Décembre, les lignes avaient été
repoussées si loin à l'ouest par les Allemands, qu'il est probable que ces Américains s'étaient
perdu depuis des jours et étaient à la recherche des lignes Américaines. Ils auraient pu
appartenir à d'autres unités qui étaient attachées au secteur de Prüm. Fritz VINKEN habite
maintenant à Honolulu, HAWAII.

*******

J'avais 12 ans, lorsqu'une nuit d'avril, 1944, un raid de bombardement lourd sur la ville
d’Aachen laissa ma famille sans abris. Nous avons été évacué tous ensemble hors des ruines
fumantes de la ville vers un petit village près du Rhin, ou nous avons trouve refuge. A 15 Km
se trouvait la ville de Neuwied ou mon père avait été placé pour superviser les opérations
d'une grande boulangerie, tenue par maitrise supérieure de la confrérie de boulangers. Ensuite,
quelques mois plus tard, cette boulangerie aussi fut endommagée sans possibilité de
réparations immédiates. Mon père (48 ans) était sur le point d'être réquisitionné par 1'armée
pour devenir soldat, mais a notre grand soulagement, les gens de la maitrise supérieure
connaissaient les gens qu'il fallait et furent capable de le faire réformer et de le faire inscrire
comme boulanger civil, pour cuire du pain pour 1'armée. Il reçut 1'ordre de se présenter pour
travailler à une «boulangerie de campagne », quelque part le long de la frontière Belge. C'était
a la fin de l’été, 1'invasion alliée roulait vers 1'Allemagne et semblait impossible à arrêter.
Beaucoup avaient te sentiment que la guerre serait finie avant la fin de 1'automne et on faisait
des plans pour aller se cacher pour attendre que le front nous dépasse.

Un soir, mon père est arrivé dans notre village avec un petit camion de 1'armée, nous a
emmené ma mère et moi, et nous avons roulé toute la nuit pour nous conduire à proximité de
son travail. Là, à environ 30 Km d'où il était en service à la boulangerie, dans la profonde
forêt ardennaise sur une colline boisée, il y avait une clairière à 1'orée de laquelle se trouvait
un pavillon isolé, inhabité et abandonné. Un ami boulanger de mon père lui avait indiqué le
chemin de ce refuge caché et 1'avait aide à préparer notre arrivée. «Ici, vous devrez passer les
prochaines trois à quatre semaines » nous avait dit papa plein d'espoir, « alors la guerre sera
derrière nous ». Ca ne devait pas être le cas.

Les semaines tournèrent en mois tandis que le front s'engourdissait, et en Décembre,
Hitler surpris les Alliés avec une dernière offensive téméraire que 1'histoire appellerait « La
Bataille du Saillant (ou des Ardennes).

Nous vivions toujours dans notre pavillon, la neige épaisse avait complété notre
isolation et nous avait coupé du monde extérieur. Mon père qui nous avait fourni des
provisions jusque tard en novembre, ne pouvait plus nous atteindre.

Notre pavillon avait deux petites fenêtres vitrées, un four en briques pour chauffer et



cuire, une ample réserve de bois était stockée dans une remise tout à coté. Notre réserve de
nourriture de base nous laissait encore quelque semaines avant que les grandes neiges ne
tombent et j'étais descendu dans la vallée vers un silo à pommes de terre, où des sangliers
sauvages avaient fait un trou dans 1'épaisse couverture. J'allais là avec mon havresac aussi
souvent que le temps le permettait et il y avait là une ferme désertée avec sa porte grande
ouverte. Elle avait été complètement pillée, excepté quelques chandelles éparpillées sur le sol.
Sachant combien nous en avions besoin, je ne pouvais résister à les prendre. II y avait aussi
un habitant esseulé, un coq décharné et affamé qui me suivait dans sa recherche de quelque
chose à manger. Ma mère 1'avait appelé « Hermann » et il devint notre hôte pour un moment.
Son appétit était vorace. Notre gruau d'avoine fondait rapidement et il devenait très dodu. Les
cris d'Hermann s'amplifiaient aussi, ce qui était énervant dans notre retraite isolée.

Une semaine environ avant Noël, l’enfer se déchaina. Du fond de la vallée, nous
parvenait le son des durs combats, le staccato des mitrailleuses et le hurlement des roquettes.
Nous nous sentions en sécurité dans notre cabane, mais par précaution, Hermann fut réduit au
silence. C'était dur de ne pas s'inquiéter au sujet de mon père. Nous espérions le mieux pour
lui, qui dans sa situation, était de devenir prisonnier de guerre. Pour lui, cela voudrait dire une
sécurité relative dans un camp Américain.

Le 24 Décembre, le temps s'éclaircit. Les températures descendaient la nuit en-dessous
de zéro, mais le soleil se levait sur un ciel bleu sans nuages. Toute la journée, plusieurs
centaines d'avions Alliés volaient vers leurs missions de mort sans opposition. Le grondement
lourd et lugubre de leurs moteurs devait rester enfui pour toujours dans mon esprit. Lorsque la
nuit est tombée en fin d'après-midi, la tranquillité soudaine était étrange, tandis que des étoiles
innombrables peuplaient le ciel. De longues chandelles de glace s'étaient formées a 1'extérieur
de nos fenêtres. Une simple bougie éclairait les alentours de notre fourneau, où maman était
en train de préparer une soupe délicieuse, dans laquelle Hermann était l'ingrédient le plus
substantiel. Nos pensées étaient avec papa, qui nous manquait maintenant plus qu'à tout autre
moment. «C'est la veillée de Noël» dit maman tranquillement, «il doit sentir que nous pensons
à lui.»

A ce moment, nous avons pu entendre du bruit à 1'extérieur, de faibles sons de voix
humaines. Maman souffla la bougie en hâte et nous avons attendu dans un silence craintif. Il y
eut un coup frappé sur la porte, prudent et plein d'anxiété. Ensuite un autre coup. Maman se
dirigea vers la porte. Je me suis glissé derrière elle et quand elle a ouvert, il y avait deux
hommes dans l'ouverture, comme des fantômes se découpant sur l'arrière-plan blanc sans fin.
Ils portaient des casques d'acier et maman leur demanda d'où, bon Dieu, pouvaient-ils venir
par une nuit pareille. L'un d'eux répondit dans un langage étrange et montra du doigt un
troisième homme assis dans la neige Nous avons compris alors qu'ils étaient des soldats
Américains.

Ma mère fit une pause. Elle réalisait très bien comme la situation était dangereuse. Ils
étaient armés et auraient pu entrer de force, mais ils restaient là et demandaient par leur
regards. Et il y avait là un homme à terre qui semblait plus mort que vif. «Komnt rein» dit ma
mère en faisant un geste d'invitation vers la porte. Les soldats portèrent leur camarade à
1'intérieur et le déposèrent sur mon matelas. L'un d'eux possédait un peu de connaissance du
Français, et convaincu que nous étions des Belges parlant français, il essaya de communiquer.
Heureusement, ma mère avait appris à parler français quand elle était enfant lorsqu'elle avait
fréquenté une école de couvent dans la Belgique voisine. Maintenant elle était informée au
sujet de 1'offensive Allemande et comment ils avaient perdus leur Bataillon et avaient erré



depuis plusieurs jours à travers la forêt d'Ardenne enneigée, transportant leur copain blessé
qui avait reçu une balle dans la jambe.

Nous avons rallumé la bougie. II faisait chaud dans la cabane et maintenant que j'avais
aidé les soldats à enlever leurs lourdes capotes, ils ressemblaient à de grands garçons
amicaux. Et ce fut de cette façon que maman les traita. Nous avons appris que l'individu trapu
à la chevelure noire était Jim; son camarade grand et mince était Robin. Harry, le blessé,
dormait maintenant dans mon lit. «Prend quelques patates en plus» me dit maman, tandis
qu'elle allumait une autre chandelle, «nous avons besoin de plus de soupe.»

A ce moment, il se répandait une odeur tentatrice à travers notre pièce et en peu de
temps, le souper fut prêt. J'avais placé les assiettes sur la table et nous nous étions tous assis
pour manger, quand soudain quelqu'un frappa à nouveau à la porte. Sans hésitation, je me suis
rué pour aller ouvrir, pensant trouver d'autres Américains égarés dehors. C'était des soldats,
ils étaient quatre, tous armés jusqu'aux dents. D'un seul regard, j'ai réalisé qu'ils portaient des
uniformes qui m'étaient familiers après quatre années de guerre. C'était des hommes de mon
peuple. Des Allemands! Je fus paralysé par la peur, car bien que j'étais encore un enfant, je
connaissais 1'âpre loi de la guerre: tous ceux qui apporteraient aide et réconfort a l'ennemi
seraient tués. Tout cela devait-il aboutir à une fin horrible?

Tandis que je restais là, les yeux écarquillés, ma mère s'avança derrière moi dans
1'ouverture de la porte. Je ne pouvais pas voir sa figure, mais sa voix calme apaisa ma peur
immédiatement. «Quelle nuit froide pour rester dehors,» dit-elle aux hommes, suivit de
«Frohliche Weihnachten!» leur souhaitant ainsi un Joyeux Noël.

Les soldats semblèrent surpris à la vue d'une femme et d'un jeune garçon en ce
moment et en ces lieux, mais heureux, d'avoir trouvé une famille Allemande dans cette zone
frontalière. Ils répondirent aux salutations de ma mère avec un sourire amical. «Nous devons
attendre le lever du Jour», expliqua 1'un d'eux, qui portait les galons de Caporal a 1'épaule.
«Avez vous un petit coin chaud ou nous pourrions prendre un peu de repos et peut-être dormir
un peu? Nous ne voulons pas vous déranger trop». «Bien sur vous pouvez rester avec nous»,
répliqua maman aussi gaiement qu'elle pouvait, «je ne voudrais pas vous laisser dehors par un
froid pareil». Elle paraissait très maternelle et sa réception amicale impressionna
manifestement les guerriers harassés. «Vous pouvez aussi avoir un bon souper de Noël avec
nous et manger jusqu'a ce que le plat soit vide». Par la porte à moitié ouverte flottait
1'irrésistible arôme de notre bouillon de poulet dans la nuit hivernale et les hommes
reniflèrent avec enthousiasme. «Nous avons aussi trois autres invités à moitié gelés qui sont
arrivés depuis un petit moment, demandant pour s'abriter». Alors la voix de ma mère devint
très ferme tandis qu'elle s'adressait directement au Caporal: «C'est la veillée de Noël et il n'y
aura pas de coups de feu par ici». «Qu'est ce que c'est?» protesta le Caporal rudement,
saisissant immédiatement l'allusion de ma mère, «Qui est à 1'intérieur? Des Américains?» Le
désastre semblait imminent. Maman les regarda en face et dit, avec un calme né de la panique:
«Ecoutez moi, garçons, vous pourriez tous être mes fils, ainsi que les trois là à 1'intérieur.
L'un d'eux est salement blessé et ils sont juste aussi frigorifiés et affamés que vous. Faites la
paix cette nuit! »

Le Caporal était sans voix. Deux, trois secondes interminables de silence suivirent.
Pas un soupçon de support ne vint de son petit groupe, qui semblait plus que prêt à accepter
cette invitation inattendue. Maman rompit ce temps mort. «Assez parlé», commanda-t-elle
avec une autorité convaincante. « Placez vos armes ici dans l’abris à bois et dépêchez vous, le
souper est presque prêt.» Ce qui se fit. Les soldats marchèrent vers la remise et placèrent leurs



armes sur une pile de bois de chauffage. C'était un véritable arsenal quand je les ai couvertes
avec une vieille couverture. Maman s'était déjà précipitée à 1'intérieur lorsque nous nous
sommes approché de la porte. Je pouvais 1'entendre parler rapidement en français, ensuite Jim
dit quelque chose en anglais. Jamais au paravent je n'avais senti mon coeur battre comme à
cet instant. Les Américains réalisant qui étaient les nouveaux arrivants et incertains au sujet
des négociations de leur hôtesse, avaient pointes leurs armes. Cependant, les Allemands
étaient entrés, les regardant avec suspicion, mais apparemment désarmés. Maman avec sa
main gauche attrapa fermement le fusil de Jim, avec sa main droite elle prit le pistolet de
Robin. Quel soulagement!

Ne perdant jamais son sourire maternel, elle était maintenant en train de chercher un
siège pour chacun. Nous avions seulement trois chaises, mais le lit de maman était grand, et
deux des nouveaux arrivants furent placés côte à côte avec Jim et Robin. Pendant deux
minutes, peut-être trois, il y eut une tension dans la pièce, vous pouviez sentir la tension qui
émanait de cette situation unique. Quand tous furent assemblés autours de la table, des coups
d'oeils circonspects furent échangés. Alors soudain Harry émit un gémissement dans son
sommeil. Un des Allemands questionna, dans un anglais aisé semblait-il, au sujet de la
blessure de 1'Américain. En inspectant la partie supérieure de la jambe d'Harry, il annonça la
bonne nouvelle a Jim et Robin: C'était une blessure seulement dans la chair, aucun os n'était
touché et le froid avait empêché l’infection. «Etes-vous Docteur?» lui demanda maman. «Non
mais je pense en être un un jour», répliqua-t-il avec un sourire. Alors il se mit à appliquer
quelques soins et des bandages de sa trousse de premiers soins. «Sa faiblesse est causée par
une forte perte de sang. Ce qu'il a besoin maintenant c'est du repos, du liquide et de la bonne
nourriture. II ira bien! » Maintenant, la tension avait disparu et tout semblait relaxé. Pendant
que Harry était soigné, j'avais ajouté de l'eau et quelques pommes de terre en plus pour
augmenter le volume de la soupe. Hermann ne pouvait pas grossir plus maintenant et, en plus
de ma mère et moi, nous avions sept bouches affamée à nourrir.

Le Caporal dévissa le bouchon d'une bouteille de vin rouge et un de ses hommes apporta un
grand morceau de pain de seigle sur la table, duquel maman plaça des tranches sur une
assiette. Du vin, maman réserva une petite portion pour notre patient, le reste fut divisé en
parts égales. Enfin, la soupe fut prête à être servie et la lourde marmite fumante fut placée sur
la table, flanquée par des bougies vacillantes. Maman s'est finalement assise sur un siège
improvisé à la tête de la table. Tous les yeux étaient tournés vers elle. L'ambiance était
devenue quelque peu festive, presque solennelle, et bien qu'ils étaient tous affamés, personne
ne voulait commencer à manger. Jim prit la main de celui qui était assis a son côté, Robin fit
de même, et soudain nous étions en train de nous tenir tous les mains 1'un de l’autre comme
ils font en Amérique, lorsqu'ils rendent grâce à Dieu. Maman récita une prière spontanée pour
nous tous, remerciant non seulement pour le repas, mais aussi pour cette nuit de réunion
pacifique. «Et apportez une fin à cette terrible guerre, que nous puissions tous rentrer chez
nous, d'où nous venons; Amen.». Il y avait des larmes dans ses yeux et quand je regardais
autours de la table, les soldats étaient remplis d'émotion et leurs pensées étaient à beaucoup,
beaucoup de miles d'ici. Maintenant, ils étaient à nouveau des gamins, certains d'Amérique,
certains d'Allemagne, tous loin de leurs maison.

Après le diner nous avons eu du café instantané américain et du pudding d'ananas
contenus dans des petites boites de couleur vert olive. Ensuite des cigarettes furent passées
parmi les invités. Mais avant de fumer, c'était maman qui était allée sur le pas de la porte et
nous demandait de la rejoindre pour regarder l'étoile de Bethlehem. C'était une magnifique
nuit d'hiver avec des milliers d'étoiles qui brillaient et la plus claire de toutes était Sirius, qui
fut notre étoile de Bethlehem en cette nuit de Noël. Personne ne parla. Chacun avait ses



pensées personnelles et doit avoir rêvé à un temps où il pourrait réellement y avoir la paix sur
terre.

Les soldats dormirent sur leurs épais manteaux, tandis que j'avais trouvé place dans le
lit de maman. Harry s'éveilla dans les premières heures et fut nourri d'un breuvage revigorant
fait de vin rouge et de sucre. Le matin arriva assez vite et notre patient se trouva plus robuste,
Au déjeuner, il mangea avec nous tous ce qui restait du bouillon de poulet. II ne pouvait pas
marcher, bien sur, et une civière fut fabriquée avec deux solides perches et de la bâche
provenant d'un panneau de tente allemand. Alors le Caporal expliqua à Jim et Robin,
comment trouver leur chemin de retour vers les lignes américaines, tandis que 1'infirmier
traduisait ces paroles en anglais. Une boussole allemande changea de mains. «Et faites
attention où vous mettez les pieds, il pourrait y avoir des mines par là. Et si des «Mustangs»
croisent votre route, agitez les bras comme des forcenés ».

Après cela, ils ont tous repris leurs armes, et le temps du départ était arrivé. II y eut
des adieux comme parmi de vieux amis, ils se sont étreints joyeusement en se promettant de
se rencontrer à nouveau «une fois que cette maudite guerre sera finie». Jim et Robin
donnèrent un baiser sur les joues de maman. Harry fut placé sur sa civière et avec de grands
sourires sur leurs figures les trois Américains sont partis sur leur chemin. Quelquefois, ils ont
tourné la tête vers nous en faisant des signes. Nous leur avons fait des signes en retour jusqu'à
ce qu'ils eurent disparu entre les arbres; heureux de la rencontre et triste que ce fut si court.
«Ce sont des gens juste comme nous» ai-je entendu grommeler le Caporal à lui-même.

Maintenant c'était le moment pour les soldats Allemands de repartir vers leur
régiment, lorsque maman, à ma complète surprise et celle des soldats, demanda au Caporal:
«s'il vous plait, emmenez nous avec vous!» Cette décision impulsive était basée sur un
raisonnement sain. Isolés depuis plusieurs semaines, espérant que papa était sauf en captivité
chez les Américains au mieux, nous ne pouvions plus rester plus longtemps dans ce pavillon
isolé. Maintenant c'était une chance de quitter cette forêt hivernale et inhospitalière en
compagnie de quatre hommes robustes. Pour le Caporal c'était «un devoir sacré» d'honorer la
requête de ma mère pour nous escorter, nous des civils, hors de ce no-man's land.

Nous avons clopiné en file indienne à travers la neige épaisse en descendant dans la
vallée où il était plus facile de marcher. Le soir tombait lorsque nous sommes arrivés à une
petite ville terriblement en ruines. Ca devait être Prüm, mais je n'en suis pas certain. Ce fut la
que nos nouveaux amis ont dû nous dire au revoir. De cela je n'en ai pas souvenir. Je dormais
debout en marchant à la main de maman.

Mes deux parents avaient 1'adresse d'un parent qui avait été évacué de la zone de combats
vers en endroit en Allemagne centrale. C'est vers là que nous allions maintenant. La nuit
suivante un camion de l'armée Allemande nous conduisit jusqu'a Koblence. De là, nous
sommes allé en train pour un voyage avec de nombreux détours pendant plusieurs jours à
travers mines et destructions vers la ville de Gotha. Ensuite encore quelques kilomètres de
plus et nous gagnerions notre destination. Mais d'abord, maman et moi, nous nous sommes
rendu à une distribution de soupe près de la station de chemin de fer, où de dames de la Croix
Rouge essayaient de nourrir plusieurs centaines de réfugiés qui arrivaient à toutes heures des
provinces de l’Est. Là, parmi les innombrables affamés, comme dans un conte de fées, nous
avons été réunis avec mon père. Nous étions exultant, même s'il n'était pas facile à
reconnaitre. «Tu ressemble a un vagabond !» s'exclama ma mère. «Et toi pareil !» répliqua
papa et nous en avons tous bien rigolé.

II avait été sur les routes depuis deux semaines, se dirigeant vers la même adresse que
nous. Quelque part sur sa route il s'était «approprié» la bicyclette toute neuve d'un officiel du



parti Nazi local, qui l'avait arrêté comme déserteur potentiel. Papa était parti grâce à son esprit
de ressource et à son incroyable chance. Le vélo moderne et étincelant, était une générosité
qu'il méritait bien. Son vieux deux roues grinçant fut abandonné. Ce même jour, nous sommes
arrivés à Herrenhof, un petit village au bord de la forêt de Thuringe. Ici, le 8 Avril, 1945, nous
avons été libérés des horreurs de la guerre par les soldats de la 4ème Division Blindée du
General Patton. Des semaines plus tard, nous sommes retournés à Aachen, notre ville.
Beaucoup d'années se sont écoulées depuis lors, mais chaque hiver, je regarde le ciel pour
trouver Sirius, qui fut notre étoile de Bethlehem qui brilla la nuit de Noël, 1944, en plein
milieu de la Bataille des Ardennes.



Fritz Vinken




L'attaque surprise des Allemands et les conditions climatiques furent la cause que beaucoup de petits
groupes de combattants Américains furent isolé derrière les lignes.




**************


Pourquoi vous ai-je raconté cette histoire ?

En effet, on pourrait se demander pourquoi avoir traduit cette histoire plutôt qu’un récit
se rapportant à l’histoire de la 82nd Airborne Division comme c’est habituellement mon cas.

La raison est que j'étais un des soldats Américains égaré dans la forêt d'Ardenne cette
nuit de Noël 1944. J'étais le Pfc. Robin .......... Mais dans un film! (bien sûr). Ce film a été
tourné par le CCM (Ciné Club Mosan) en 1967 sous le titre « Espoir à l’Aube ». Le tournage a
duré 3 mois, tout les Jeudis soir, et s'est tourné à Godinne dans la vallée de la Meuse. Les
intérieurs ont été filmés dans une remise qui se trouvait dans le parc d'un château le long de la
Meuse qui s'appelle «Les Hêtres Pourpres». Il était transformé en home pour personnes âgées.
Les extérieurs ont été tournés sur hauteurs de Godinne en Décembre où nous avons eu de la
neige juste pour les jours de tournages.

Le scénario était tiré du récit du garçon (Fritz Vinken) qui avait vécu 1'histoire avec sa
maman et qui était paru dans un Reader's Digest de 1'époque. Je n'avais jamais lu l'histoire

mais au moment de la présentation du scénario, le scénariste nous avais raconté que le père du
garçon était médecin. Pour le reste du déroulement de 1'histoire, tout ce qui se passe dans le
pavillon, c'est comme on nous l’avait raconté, mais le film se terminant lorsque les Américains
et les Allemands se quittent quelque part où la route les sépare, je ne connaissais pas non plus
la fin de 1'aventure de Fritz et de sa maman, après le départ des soldats.

Les uniformes Allemands avaient été loués dans un magasin qui loue des costumes
pour le théâtre à Charleroi. Les uniformes américains avaient été prêtés par Roger Tislair qui
est devenu plus tard un membre de notre club. Les armes avaient été prêtées par des
collectionneurs et par le musée d'arme de la citadelle. Le film est fidèle au déroulement de
1'histoire sauf en se qui concerne le garçon. En effet il est devenu une fille dans le film car le
garçon qui devait tenir le rôle ne s'est jamais présenté aux répétitions et le jour du début du
tournage, il n’était pas venu et c'est la fille du Président du CCM qui habitait ce château qui 1'a
remplace au pied levé.

Inutile de dire que le tournage s'est passé dans la bonne humeur et les parties de
rigolade très nombreuses. Pourtant ce film, tourné en format Double 8mm, était un film très
difficile à réaliser, surtout au point de vue éclairages pour rendre 1'ambiance de cet intérieur
de pavillon seulement éclairé par une lampe à pétrole et quelques bougies. La sonorisation
finale s'est faite en studio après le montage. Ensuite le film est passé dans de nombreux Ciné
Clubs et festivals et même en Allemagne, toujours avec du succès.

Ayant quitte le CCM depuis longtemps, Je n'avais plus entendu parler du film, jusqu'au
jour où j'ai rencontre Michel Massart (qui nous faisait ces fameuse cassettes vidéo de notre
marche de la 82nd Airborne) ainsi qu’un autre ami du CCM. Plus personne ne savait ce
qu'était devenu le film. Après recherches, Michel 1'a retrouvé et une copie en vidéo a été faite.
Malheureusement, le son est devenu très mauvais mais les images sont très bien malgré la
copie. Mais le plus important, au delà de 1'histoire du film, est le souvenir de ces amis du
CCM avec qui j'ai passé ces moments inoubliables du tournage de ce film et de plusieurs
autres. Malheureusement plusieurs d'entre eux nous ont quitté trop jeunes.

Le récit actuel que je viens de vous traduire est paru dans les années 90 dans la revue
de l’association des anciens combattants US de la Bataille des Ardennes et était écrit par Fritz
Vinken lui-même avec tous ses détails. Ce qui prouve que ce garçon de 1'histoire était toujours
en vie et habitait actuellement à Hawaii. J’aurais aimé le contacter un jour.

Lors de retrouvailles avec des membres du CCM, Dont beaucoup de nouveaux, il
avait été question de refaire le film avec des moyens plus moderne, cameras digitales etc…
On aurait aussi pu corser le scénario et y ajouter des scènes d’action à tourner avec les
véhicules, uniformes et matériel que nous avions dans notre club de collectionneurs et de
reconstitution, le 82nd Airborne «All American» Jeep Group que j’avais créé entre temps.
Cela aurait été formidable si un jour nous aurions pu refaire une nouvelle version de ce film.
C’était alors, après cette nouvelle version que je projetais de contacter Fritz Vinken. Mais
hélas, ce projet n’a jamais eu de suites.

Emile Lacroix
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:11

Mc LOS a écrit:
Voici quelques clichés extraits de ce film amateur "le retour" tourné en 1967.
Ceux qui le connaissent y reconnaîtrons aisément notre ami Emile.
Et oui...c'est le gamin GI avec la garand et la grenade, visible sur 5 clichés dont la photo centrale.

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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:11

gennaker a écrit:
Magnifique conte de Noêl! Merci Serge!
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:11

jaumont a écrit:
Joyeux Noël, Emile! Merry christmas, Froher Noël! Merci Serge.
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:12

Tititank a écrit:
Salut,merci Sergio!!! A+Tititank
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:12

TAYLOR a écrit:
Merci serge super recit de noel
pas mal les photos avec emile Very Happy
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:12

Mc LOS a écrit:
Oui, vous aurez corrigé "CONTE" de Noêl et non "compte" Embarassed .... je ne vais pas vous emmerder avec ma comptabilité annuelle. Laughing

Merci au correcteur qui se reconnaîtra Wink
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:13

rose a écrit:
merci serge cette histoire est très belle


c'est la magie de Noêl


rose
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:13

marlene a écrit:
Serge sunny santa sunny santa sunny santa

merci

Marlène
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:13

dom1944 a écrit:
Merci Serge Very Happy
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:14

mirabelle écoute a écrit:
moi, j'aime bien "les comptes" à Serge. pirat

Il y a certainement eu d'autres cas comme celui-ci, c'est sûr.

Merci Serge

Mirabelle
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:14

Yves a écrit:
santa Merci Mr Mac LOS un récit, par cette femme courageuse qui à su gérer cette nuit de Noel, est qui me fait pensé à autre film sur la 1ére guerre mondiale un jour de Noel également, mais pas les même circonstance. En tous cas merci pour ce récit qui pour une nuit, fut un repas paisible (pour un temps) Pour tous ! Merci à toi ....

Fraternite
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Mar 20 Nov - 14:14

bergamotte a écrit:
très belle histoire
merçi Serge

Bergamotte
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MessageSujet: Re: Un compte (véridique) de Noêl.   Aujourd'hui à 11:06

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Un compte (véridique) de Noêl.
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