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 Souvenir d'un saut à Fort Benning

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Gliderpilot50
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Messages : 11694
Date d'inscription : 25/01/2012
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MessageSujet: Souvenir d'un saut à Fort Benning   Dim 21 Oct - 20:53

Goody a écrit:
Donald R. Burgett
101st AB, 506TH,Company A




Nous avons survolé la rivière Chattahoochee et nous revenons vers la zone de parachutage. Le maitre de saut, équipé d'un parachute à ouverture commandée, se trouve près de la porte. Il se tourne vers nous et lance:
-Debout! Accrochez!
Je me dis:" ça y est. Voilà le moment attendu..." Les jours d'entrainement défilent, en éclair dans ma tête. Je revois tous les efforts accomplis pour arriver jusqu'içi et devenir un para.
- Vérifiez votre équipement! ordonne le sous off.
Systématiquement, nous passons en revue notre harnachement, puis celui qui se trouve sur le dos de l'homme devant nous. J'ai très peur. Mais je ne peux pas abandonner maintenant. Je ne pourrais plus regarder mes copains en face, ni mes parents, à la maison.
-Comptez vous!
Le dernier homme du stick, tout au bout, près du poste de pilotage, hurle:
-Douze! ok!
Et il donne une tape sur l'épaule de celui qui le précède, lequel crie:
-Onze! ok!
Une tape... et les réponses arrivent: " dix! ok!, neuf, huit, sept, accompagnées de la tape, jusqu'au numéro un qui se tient tout près de la porte ouverte.
Le maître de saut aboie:
- Debout, à la porte! serrez!...
Le numéro un pivote et se trouve dans l'encadrement de la porte. Il place les mains de chaque côté de l'ouverture et étend son pied gauche en avant. Le numéro deux fait glisser son pied droit contre le pied droit de son chef de file et tend en avant, comme l'autre, son pied gauche. Ainsi, à peine le numéro un sauté, le numéro deux n'aura qu'a pivoter et il se trouvera en position de départ, prêt à gicler dès que le maitre de saut lui en donnera le signal: "go!" accompagné d'un coup du tranchant de la main sur le mollet. Alors il plongera en tournant, en même temps, à gauche, vers l'arrière de l'avion.
Maintenant le maître de saut s'agenouille à droite de la porte et regarde vers la terre.
-ça av, pour tous? hurle-t-il.
Nous gueulons en choeur:
-Ouais!
Le sous-off donne la tape sur le mollet du numéro un qui part comme un boulet. Sa SOA claque, se raidit, vibre, telle une corde d'un pendu au gibet. Le numéro deux pivote à droite, se place d'un coup sec dans l'encadrement de la porte.
-Go!
La tape. Le numéro deux a disparu.
Les hommes avancent en file, pied gauche en avant, tirant le pied droit derrière, car nous ne devons jamais croiser les jambes. Le suivant à sauté, puis un autre. La portière approche. J'entends le vent siffler par l'ouverture et je vois les SOA tendues entre le câble d'ancrage en acier et le cadre de la porte. Il y a à peine quelques secondes que le numéro un a sauté et nous avançons toujours, trainant nos semelles.
"Qu'est ce que je fout içi?... je devrais me faire éxaminer la tête..."
L'homme devant moi pivote dans l'encadrement. Automatiquement je prends la place du second. Ma bouche devient toute sèche. Je sent un frisson me parcourir, tandis que le vent frappe mon treillis trempé de sueur.
"Il est encore temps d'abandonner, de signer la feuille de route et d'aller chez les MP's..."
Mais l'homme devant moi a sauté. Je me trouve à la porte. Toutes les recommandations du moniteur, au sol, me reviennent aux oreilles, très nettement: " Les doigts à l'extérieur de la porte... Ne regarder pas en bas, fixer l'horizon..."
Un léger coup derrière la jambe droite. Mon corps se détend comme un ressort d'acier, tout droit, dans le néant.
Je ne me souvient pas d'avoir entendu le commandement: "Go!" mais maintenant, je suis seul dans les airs. Tout semble bouger lentement. Aucune sensation de chute, même pas l'impression de me trouver dans un ascenseur. La queue de l'avion vers la droite, le sol monte à gauche et tourne doucement devant. Je braille:
- Mille!
Et j'entends la voilure qui frissonne, craque au dessus de ma tête, tandis qu'elle est saisie par le souffle des hélices.
- Deux milles!
Les anneaux de connexion sifflent. Je baisse la tête un peu plus. Je berce de mon bras gauche mon parachute ventral, la main droite sur la corde d'ouverture, prête à tirer. Maintenant le sol se trouve droit devant moi à nouveau.
-Trois mi...
Le choc de l'ouverture m'expédie presque au fond de mes bottes. Je sen mes joues s'arracher de mes dents. Moins de trois secondes se sont depuis l'instant ou j'ai quitté le C-47 jusqu'au choc à l'ouverture. C'est une curieuse expérience que de voyager ainsi à la vitesse d'un avion, à plus de deux cent km/ heure, puis d'être aspiré par le souffle à la même vitesse. Le sol devant moi, cesse de tournoyer en montant et commence à redescendre lentement. Cette impression de rester suspendu en plein milieu du ciel alors que tout tourne autour de moi est affolante.
En fait, j'ai cabriolé et cabriolé jusqu'à ce que parachute s'ouvre et je commence une descente normale, avec une légère oscillation. J'écarte les sangles de suspension et je lève les yeux. La voilure s'est déplyée sans ennui, pas de fuseau soufflé ni de supentes en pelotes, emmêlées ou rompues. Aucun des autres parachutes, autour de moi ne donne l'impression de monter ou de descendre, ce qui signifie que la vitesse de ma chute n'a rien d'anormale. Je n'ai donc aucun soucis à me faire. Vérifiant ma direction en examinant mes pieds par rapport au mouvement du sol, sous moi, je tourne le dos au vent en croisant mes sangles de suspension derrière ma nuque et en tirant doucement dessus, jusqu'a ce que je me trouve dans la bonne direction.
Une jeep et une ambulance convergent au-dessous de moi. Le sergent dans la jeep hurle dans son mégaphone:
-Numéro huit, vous pédalez! cessez de pédaler!
Numéro huit, c'est moi. Inconsciemment je descend vers la terre en allongeant alternativement une jambe puis l'autre. Je fixe l'horizon et ayant prit ce que je crois être une bonne position, je touche le sol.
La douleur explose à travers tout mon corps et allume des éclairs devant mes yeux. Je vais surement m'évanouir. Bouler, tête première, dégonfler la parachute et me dégager du harnais est plus que je ne puis supporter. Chaque fois que je tent de me relever, la douleur traverse ma jambe avec une telle violencce que je m'écroule et tourne presque de l'oeil. Je ne veux pas faire preuve de faiblesse en appelant au secours. Je tire mon couteau et je coupe les lacets de mes bottes puis je rampe jusqu'a la voilure, je la roule et je l'attache dans le baquet à l'aide de la ceinturre ventrale.
Les camions qui doivent nous ramener aux hangars de pliages stationnent de l'autre côté du terrain. La colline aux cactus s'élève entre eux et à ramper et à me trainer sur le ventre, à travers épines et chardons pour les rejoindre. Soudain, la jeep que je voyais d'en haut, toute à l'heure, s'approche à toute allure:
"Mon dieu,enfin du secours!..."
La jeep vient s'arrêter près de moi. Le sergent se penche et me demande:
-Ou est ton parachute, para?
-Là- bas...
Je lui montre du doigt le paquet que j'ai laissé sur le terrain.
-Va le chercher et ramène le aux hangars!
Et il m'engueule parceque j'ai pédalé au cours de la descente. Après quoi il m'annonce que je dois me débrouiller pour rentrer.
On réserve l'ambulance à ceux qui se cassnt les pattes en descendant règlementairement, pas aux autres. Sur ce, il démarre et les roues de sa jeep m'envoient un paquet de poussière en pleine figure.
-Saloperie de saloperie!
Je jure en retournant, toujours rampant chercher mon parachute.
La seule façon d'avancer, pour moi est de m'allonger sur le flanc, de lancer devant moi le sac, de ramper jusqu'a lui, et de recommencer.
Un autre sous-off arrive dans une autre jeep. Il ms'arrête, se penche par-dessus son volant et me dit:
-C'est du cran. C'est ce qu'on aime içi. Et il repart.
Je m'use le ventre et les coudes durant des heures me semble-t-il. Enfin je vois des camions. Mais je suis encore trop loin quand le dernier d'entre eux s'éloigne. J'ai beau hurler, faire des signaux, personne ne m'entend, personne ne me voit.
J'ai mal. Je me plains. "Oh! mon pauvre dos de bidasse!"
Si je savais pleurer, je crois que je le ferais maintenant.
Le jour tombe. Passer la nuit içi ne me dit rien. Avec ma tenue en lambeaux, les épines qui transforme ma peau en pelote d'épingle et mon parachute complètement délabré, je réussi finalement à atteindre une route et je fais du "stop". Le chauffeur d'une voiture- un civil qui travaille au PX est assez chic pour m'emmener à l'infirmerie ou les toubibs radiographie ma jambe. Ce n'est pas grave; une petite fracture et des déchirures des ligaments. Ils me plâtrent et me revoient à ma baraque.
Quelle journée!!
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