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  Purple Heart lane

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Gliderpilot50
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MessageSujet: Purple Heart lane   Lun 22 Oct - 20:44

gennaker a écrit:
Phase incontournable de la bataille pour Carentan, la prise par les 1 et 3/502 de la chaussée surpplombant les marais entre St Côme du Mont et Carentan, N 13 à l'époque.

La Carentan Liberty's March se devait de la parcourir, ne serait ce que sur quelques hectomètres...

"Food for thoughts", le témoignage du First Sergeant Layton "Blackie" Black, second platoon, C Company, 1/502 Parachute Infantry...

Vendredi 9 juin 1944. le 1/502 est en réserve du 3/502 pour l'attaque de la 101st Airborne sur Carentan. Corporal Layton Black est mitrailleur dans le 2nd platoon de C Company. Il raconte l'assaut sur Purple Heart Lane, jusqu'aux premières maisons de Carentan, dans les pas des troopers décimés du 3/502 du Lt Colonel Robert Cole.

Feuilleton :
"Al'intersection de deux routes près du premier des 4 ponts à prendre avant Carentan se trouve "Dead Man's Corner". Les 501st et 506th y avaient livré de durs combats ici. Même les gars du 327th GIR s'en étaient mêlés. A présent, comme on disait à l'époque, "c'était notre tour". La plus grande partie de C Company avait pu se reposer en ce vendredi. J'ai pu moi-même rattrapper un peu de sommeil l'après midi après avoir nettoyé la mitrailleuse. Je ne m'imaginais alors pas combien ce peu de sommeil aurait d'importance par la suite. Cependant, j'avais très vite apppris qu'il me fallait me reposer, manger, boire, me laver chaque fois que possible afin de conserver un semblant de forme.

Avec la tombée de la nuit, les ordres furent de mettre en place des tours de garde sous forme de petites patrouilles. Les lignes tenues par la compagnie étaient très étirées et mon second platoon était en réserve près de 100 mètres en arrière. On craignait une infiltration massive de nos lignes par les allemands. Le chemin encaissé et bordé d'arbre qui courait juste à côté de mon foxhole et jusqu'à la Douve rendait notre zone la plus vulnérable.

Notre sergent organisa des patrouilles de trois hommes toutes les deux heures. Je me trouvai dans la première patrouille prévue pour 22 heures. Au moment de partir, le sergent nous rappela :" Hey vous trois, assurez vous de bien retenir le mot de passe de la nuit!Je viens d'apprendre qu'un des gars du 1er platoon de notre compagnie C s'est fait tuer parce qu'il ne savait pas le mot de passe. " On apprit plus tard que ce sont les gars de son propre platoon qui l'ont descendu.
Cette nouvelle nous a persuadé de l'importance de garder le mot de passe au bord de nos lèvres lorsqu'on patrouillait de nuit. Cette patrouille est l'une des choses les plus difficiles que j'ai faite durant la guerre. Le plus redoutable était de ne pas savoir où se trouvaient les foxholes de C Company. Circonstance aggravante, la nuit était d'un noir d'encre dans ce chemin encaissé bordé d'arbres et qui menait à la rivière. Nous avons marché tous les trois côte à côte. Chaque fois que l'on approchait de l'un de nos hommes bien enterré dans son foxhole, on nous demandait le mot de passe. Ce fut une longue promenade, et on l'a terminée sans problèmes, comme toutes les autres patrouilles de la nuit. Ce fut une épreuve que je n'ai jamais oubliée.

Je me réveillai tôt et en forme le lendemain. L'ordre du jour nous fut donné par Captain Hancock, CO de C Company. "Nous allons rejoindre la grand route. On la rattappera à st Côme du Mont. Puis on la suivra en descendant vers Carentan en suivant la chaussée et en traversant les 4 ponts. Et si Dieu le veut, on appuira le 3ème bataillon pour entrer dans Carentan."

Le 3ème bataillon avait fait mouvement dès minuit le samedi 10 juin. Mais comme souvent à la guerre, de petits détails bloquent les grandes manoeuvres. Leur problème était entre mes mains des Engineers de la Division ; Le 326th EAB n'avait pas réussi à réparer le second pont à temps pour l'attaque du 3/502. Colonel Michaelis rappela le 3ème bataillon vers Le Quesnels dans l'attente des nouveaux ordres de la division, pour une nouvelle attaque de jour, le samedi 10 juin dans l'après midi.

En tout, il y aurait 18 canons de 105 mm auto propulsés et 13 75 mm Howitzers pour appuyer notre attaque. Les 377th PFAB, 907th FAB et 65th Armored Field Artillery Battalion seraient aux commandes. Le fait d'attaquer au grand jour jouait à l'évidence en notre défaveur..."

TO BE CONTINUED
Blackie...
gennaker a écrit:
"...Il devait être au moins midi quand le Lieutenant Ralph Gelauf s'en alla voir le travail des engineers sur le pont. Le Colonel Robert Cole l'accompagna pour voir par lui-même. Mais rien n'avait été fait. En fait, les gars du 326th avaient foutu le camp!!

Dans les Airborne, quand quelque chose devait être accompli, même un Colonel devait s'y coller. Le Colonel Cole se mit donc au boulot en compagnie de trois autres hommes dont le capitaine en charge de G company. Les 4 hommes travaillèrent d'arrache-pied durant deux heures pour mettre en place une petit passerelle. Elle était un peu branlante mais pourrait supporter un homme à la fois. A 15 heures, les hommes du 1st platoon, G company commencèrent à traverser. Chaque fois que les troopers s'amoncelaient en groupe, les allemands leur balançaient un 88. C'était plus un tir de harcèlement qu'autre chose, mais cela avait suffi pour faire fuir les Engineers.
Au bout de trois heures, tous les hommes du 3ème bataillon à l'exception d'un platoon de company H avait passé le pont N°2 et étaient éparpillés jusqu'au pont N°3. Un platoon avait déjà traversé le pont N°3 et se dirigeait vers le 4. Le lieutenat Gehauf et sa section d'information, ainsi que quelques gars du 1st platoon, H Company avaient même traversé le pont N°4.
A 18 heures, l'enfer se déchaina, sous la forme de tirs d'armes automatiques, de mortiers et de 88.
Jusqu'alors, le 3/502 n'avait à se soucier que des 88. Un seul trooper avait été atteint lors de la traversée du pont N°2. Ces faibles pertes étaient redevables à l'énergie du Colonel Cole qui nous poussait en jurant, arpentant toute la chaussée et nous exhortant à ne pas former de groupes, cibles trop évidentes pour l'ennemi. Les officiers du 3/502 commençaient à penser qu'ils allaient prendre la chaussée avec un minimum de pertes.
Où étaient donc les allemands? Avaient ils quitté Carentan, ainsi que la rumeur le colportait? On avait l'impression que l'ennemi ne se souciait guère de notre progression.
On se rendit vite compte qu'ils étaient bien là. Ils refermaient leur nasse sur nous! Le piège retombait sur le 3ème bataillon du 502 PIR! Avec deux autres bataillons engagés sur la chaussée, prêts à foncer dans le piège à leur tour!

Le régiment, tout le putain de régiment était coincé sur cette chaussée! On s'est immobilisé. La chaussée était la ligne de front. Notre 1st Battalion était en bordure du champ de bataille, à portée et à la merci des 88. Il n'y avait aucun abri tout au long de cette route qui mène à Carentan...."
Captain Hancock, CO de C/502 ; il survivra à la Normandie...
gennaker a écrit:
"...L'idée de s'emparer d'une ville me terrifiait, mais je masquais mes craintes, tout comme chacun de nous. On savait que c'était la grande affaire. Ce n'était plus qu'une question de temps avant avant que notre 2nd platoon reçut le feu de l'ennemi. Cette journée s'annonçait lugubre, et pleine d'angoisse. Lorsque nous avions traversé St Côme du Mont,la première ville française que je voyais, il n'y avait pas âme qui vive. Le village semblait désert. Il était touché par la guerre, dans une mesure importante, mais il semblait certain qu'il se releverait de ses ruines car ses murs de lourdes pierres et de briques avaient déjà traversé les âges. J'était heureux que nous n'ayons pas à combattre ici. Vers la fin de la matinée, la chaleur de cette journée de fin de printemps commença à se faire sentir. On se dit que l'après midi s'annonçait très chaude.

Une fois sorti de st Côme du Mont; on s'est retrouvé sur la route principale qui mène à Carentan. On a descendu la route pendant un moment puis on a dû attendre un long moment les ordres de la division avant de reprendre la progression vers le 3ème bataillon. La plupart d'entre nous a dormi dans les fossés le long de la route.

La guerre avait fait rage dans toute son horreur le long de cette route et personne n'avait eu le temps de nettoyer le champ de bataille. Nos gars de l'arrière se débrouillaient pour ramasser nos morts et nos blessés. Même dans l'Airborne, nous avions des "gars de l'arrière" qui venaient par la mer pour faire le sale boulot. Dieu merci, ils l'ont fait! Mais rien d'autre n'avait été ramassé. Les morts allemands étaient étalés un peu partout, dans des postures grotesques. Les objets de guerre, ainsi que les déchets des deux côtés étaient étalés tout au long de la route, détruits.

Je fus choqué par la manière avec laquelle les morts allemands avaient été traités. Partout, les effets personnels des soldats étaient étalés autour des corps, comme s'ils transportaient quelques secrets. Ces soldats n'étaient sûrement pas plus important que moi, et est ce que je transportais quoi que ce soit d'important? parmi les effets personnels jetés aux quatre vents, se trouvaient toujours quelques photos en noir et blanc. Le soldat allemand en portait plus que nous, américains. Beaucoup de ces images se trouvaient éparpillés, image en l'air, comme pour être vues de tous. Il me parut tellement injuste que les secrets intimes soient ainsi dévoilés. Donner sa vie devrait être suffisant!..."

La N13 en 1944, en regardant vers Carentan....
gennaker a écrit:
"...Midi vint, le début d'une journée presque estivale s'avança. Pas la moindre ombre. De temps à autre, on s'avançait vers la surface plane de la chaussée.

Le sergeant Jay B Shank nous dit de manger un des K ration qu'on transportait puis nous mena sur le côté de la route, vers une espèce de trou qui avait dû servir à stocker du gravier, grand comme une maison et où régnait une chaleur étouffante. L'air ne circulait pas et cela puait comme le trou du Q du monde avec tous ces corps allemands en décomposition.

On a bouffé nos rations K devant les carcasses de plusieurs chevaux que les allemands utilisaient pour tirer leurs chariots. Les corps étaient gonflés par la chaleur et les carcasses roulaient sur le dos, les 4 pattes en l'air. On a mangé, sans détourner la tête. Mon prochain repas ne viendrait que le lundi suivant, mais la fatigue me ferait oublier toute faim.

J'ai appris plus tard que cet endroit était appelé "dead man's corner" par les gars du 506 et 501st. La journée s'avança. Toute progression était stoppée. Le temps n'avait plus de signification pour moi à présent. Le tic tac d'une montre, les heures et les minutes ne signifiaient plus rien. Il n'y avait nulle hâte à mourir. Pourquoi y en aurait il? Le 3ème bataillon ne faisait il pas exactement cela pour nous tous? Notre tour viendrait! Nous savions que ce n'était plus qu'une question de minutes avant qu'on ne nous appelle pour prendre leur place. Le temps n'évoquait plus que la clarté ou l'obscurité. On avait les plus grands meneurs d'hommes, les plus grands de toute la guerre peut-être... mais il n'y avait personne à mener. Le 3/502nd était pris dans un étau.
Le 6th Fallschirmjaeger allemand ouvrit le feu avec tout ce qu'il avait à 18 heures ce soir là. Nos hommes tombèrent comme des mouches!

Les canons et les MG allemands étaient réglés sur les grilles métalliques (Belgian gates) qui bloquaient le pont N°4. Leurs 88 arrosaient toute la chaussée du pont N° 2 au pont N°4. Durant les 4 heures suivantes, ce qu'il restait de jour, l'ennemi a déversé ses munitions sur cette partie de la chaussée.Tout mouvement s'est arrêté à l'orée de ce barrage. Bientôt, la chaussée fut encombrée d'un invraissemblable amoncellement de poteaux et de fils électriques. Chaque fois qu'une balle touchait les grilles métalliques, un poteau ou un câble, des étincelles jaillissaient comme un feu d'artifice.

C'était l'enfer de voir un trooper courir d'un pont à l'autre, mais c'était pire d'attendre son tour. La mise en place du 502 PIR s'interrompit avec la tombée de la nuit. Tout mon 1st battalion était toujours au niveau du pont N°1, et n'avait toujours pas été appelé en secours. Toute la Company C devait encore franchir le pont sur la Douve (N°1). On venait d'atteindre la partie plate de la chaussée. A la tombée de la nuit, je me trouvais avec V J Folley au maniement de la cal.30. Il était à présent acting corporal de notre second squad.
C'est alors qu'on les aperçut en même temps. Des troopers hurlaient de toute leur force : "Aux abris, avions ennemis en vue! à l'abri! à l'abri! tous à terre!"
Mais c'était déjà trop tard. Je me suis jeté au sol, visage contre terre dès que j'ai vu qu'il s'agissait de Stuka, avions allemands en piqué. Ces avions étaient effrayants. Ils volaient avec leurs trains baissés. On avait l'impression qu'ils allaient nous attérir dessus quand ils piquaient pour mitrailler nos lignes en rase motte.

Le bruit était assourdissant : les bombes hurlaient en tombant, le bruit mat des balles qui frappaient l'asphalt de la route et qui rebondissaient dans toutes les directions, et le bruit hallucinant des moteurs d'avion qui passaient au dessus de nos têtes dans un grand coup de vent, et la terre qui tressautait sous les explosions....

"Putain! ce n'est pas tombé loin!" ai je murmuré. J'avais l'impression qu'une centaine d'avions ennemis allaient me tomber dessus, et je suis resté immobile ventre à terre pendant un temps qui m'a paru infini.

Tout est devenu alors très calme avec l'arrivée de la nuit, comme si les allemands avaient décidé "C'est tout pour aujourd'hui! à demain!" Les seuls bruits que nous entendions étaient les appels "Medic! Medic!" tout au long de la chaussée et les hurlements de peur et de douleur. Pourtant la nuit adoucissait les bruits et il ne semblait pas y avoir de panique.
I Company du 3/502 avait été la plus touchée! Ils avaient reçu 8 bombes à hauteur du pont N°3, et se trouvait pratiquement éliminé de l'ordre d'attaque. 30 troopers avaient été victimes de cette attaque aérienne. 8 étaient morts...."
gennaker a écrit:
"...C'est l'un des rare moment de ma vie où je me suis senti totalement inutile. Quand nous avons finalement reçu l'ordre d'avancer entre pont 1 et 2, je me suis dit, "Enfin on fait quelque chose!" Pour la première fois de cette longue journée d'attente, j'ai commencé à creuser mon foxhole.On était après minuit, près de une heure du matin. On aurait dit que toute la company C s'était massé à l'est de la chaussée après avoir franchi le premier pont. A et B Company était à l'ouest à ce moment là.Le 502 PIR avait à présent deux bataillons amassés sur cette route qui n'offrait aucun abri ni couverture. On était les uns sur les autres, trop près pour creuser nos foxholes. Quelques uns d'entre nous ont essayé cependant. V J Folley et moi en faisioans partie.

Le bombardement allemand s'était ralenti, mais n'avait pas totalement cessé. Tout mouvement de notre part, ou tout bruit attirait immanquablement un 88. Comme il n'y avait aucun abri et pas de signal d'avertissement, seul un fou pouvait tenter de se lever. Nous creusâmes donc depuis une position allongée ventre à terre.

J'étais allongé sur l'asphalt de la route, creusant avec mon couteau et mes mains nues directement à travers le revètement de la route. Ce n'était que gravier et pierre. Ce fut un travail long qui me prit toute la nuit. Au lever du jour, mon foxhole était suffisamment profond pour que je m'y tienne debout jusqu'aux épaules. Bien que je n'ai guère eu le loisir d'en profiter bien longtemps (on est parti au xpremières heures du jour), j'ai toujours pensé que c'était l'un des meilleurs foxholes que j'ai creusé de toute la guerre. C'était un vrai défi pour moi de creuser sur un mètre 50 de pierres et de graviers, sans faire le moindre bruit ni le moindre mouvement pour me faire repérer de l'ennemi. Il est certain qu'un travail aussi dur m'a évité de cogiter et de devenir fou cette nuit là.

"We're moving out!" Ces mots étaient plus qu'attendus. Le Colonel Cassidy avait passé la nuit parmi nous. il était à peu rès 7 heures du matin, et il nous dit que nous allions avoir l'occasion de rendre aux batards d'allemands la monnaie de leur pièce. B Company devait mener l'attaque, suivie de A company, avec C Company en troisième position. HQ company resterait en arrière avec les troupes d'appui, artillerie et approvisionnement pour l'attaque.

Colonel Cassidy nous dit que le 3/502 de Cole avait bien entamé les allemands en prévision de notre attaque. A présent, notre bataillon allait leur donner une leçon à la manière des paras. Il savait que les hommes de Cole étaient décimés..."
gennaker a écrit:
"...Il doit y avoir 3,2 km entre Dead Man's corner et Carentan. Il y a environ un demi mile entre les ponts 1 et 4. et encore un demi mille entre le pont 4 et les limites de Carentan. La route était droite comme un I, construite en surplomb, et avec aucune protection, même pas un arbre!. La chaussée faisait plus de trois mètre de haut au dessus des deux rivières (madeleine et Douve).
De chaque côté, ce n'était que marécages sur des kilomètres, une zone inondée et infranchissable. Le pays vers l'est, à notre gauche en regardant Carentan, était parfaitement plat et s'étendait jusqu'à la ville. Le côté ouest était moins plat. Le marécage s'étendait entre les deux rivières.

Le 6th Fallschirmjaeger avait décidé de résister et de tenir toutes les hauteurs au Nord Ouest de Carentan. Le terrain à l'ouest de la ville remontait au niveau du pont n°4 et et l'entourait vers le nord en un demi cercle de collines. C'était une région agricole, avec des routes bien encaissées, des fermes et, très important pour l'ennemi, beaucoup de hautes haies à angle droit par rapport à la route nationale que nous devions emprunter.

La partie la plus frustrante de toute cette bataille pour Carentan, était, pour nous autres américains, que l'on ne voyait jamais l'ennemi. Il avait tous les avantages. Tous! Il avait monté son piège, et on avait mordu à l'hameçon. Mais nous refusions de nous laisser attraper. Nous continuions d'avancer jusqu'à ce que notre nombre soit si important qu'ils ne pourraient pas nous tuer tous. La situation s'est alors figée.

La battaille a fait rage en ne concernant qu'un bataillon à la fois, jusqu'à ce qu'il soit consumé. Puis un autre s'avançait et prenait sa place. Le 3ème bataillon du Colonel Cole n'avait pas réussi à s'emparer des hauteurs la veille. En fait, il avait à peine dépasser le barrage du pont N°4. Il allait essayer de nouveau ce jour à l'aube. A 4 heures, sa compagnie H a pris les devants. A 5 heures 30, Cole a fait passer le pont N°4 à ce qui restait de son 3/502, mais ils se trouvèrent cloués sur place. La puissance de feu du 6th FJ était dévastatrice.

Le lieutanant Rogers prit le commandement de la compagnie B après la nouvelle de la perte le Jour J du CO, Captain Fitzgerald. Rogers était un costaud, connu de tous les anciens du 1/502 comme le plus fin limier du régiment. On l'appelait "Buck Rogers". Il était essentiel pour une compagnie en ces instants cruciaux d'être menée par un homme comme lui. A Carentan, trois commandants de compagnie ont fait leur preuve : Captain Hancock de C Co, Lieutenant Swanson de A Co, et Lt Rogers de B Co. Pour moi, simple homme du rang, le courage de ces hommes à Carentan était contagieux.

Lt Rogers a mené B company le long de la nationale jusqu'à la ferme où Cole avait installé son poste de commandement. On est passé devant le long de la route. Les soldats allemands qui avaient survécu à la charge à la bayonnette de Cole s'étaient répandus sur toutes les routes avoisinantes. Lt Rogers a demandé au Sgt Harrison Summers ( DSC à Mézières ndlr) d'installer deux des cal.30 de son platoon de B Co juste au delà de la ferme, en limite d'un verger. Le reste de B Co organisa une ligne de défense de l'autre côté de ce verger, en bordure de route. on a tenu ces positions toute la journée et on a vu l'intensité des combats augmenter..."
gennaker a écrit:
Glad you guys enjoy! there's more to come! stay tuned!


"...Un peu après 8 heures, A company a débuté sa course sur la chaussée vers le barrage du pont N°4. Alors que B Company avait perdu 8 hommes lors de ce franchissement des portails belges, A Co allait en perdre 6. Mais le désastre les attendait dès qu'ils atteignirent le terrain découvert après le pont.
Les allemands déclenchèrent la concentration d'artillerie la plus intense de toute la journée. Deux platoons de troopers de A company furent surpris à découvert et découpés en morceau en un rien de temps. Des 88 et des mortiers leur tombèrent dessus. 15 paratroopers américains furent touchés, et le reste s'éparpilla, choqué.

Après que les survivants des deux platoons de A Co aient été réunis, ce fut le tour du 3rd platoon de traverser. Au moment où les troopers parvinrent au même espace dégagé après le pont, il subirent le même traitement.
L'enfer se déchaina de nouveau. 9 troopers tombèrent. Trente soldats de A Company étaient hors de combat, sans avoir tiré un seul coup de feu.

Le choc subit par A co était si fort qu'il fallut plus d'une heure pour rassembler les survivants en un semblant d'unité cohérente. La plupart de ces gars furent positionnés sur une ligne le long d'un fossé rempli d'eau à environ 200 en avant du pont, sur la route de Carentan et après le pont N°4.

Tout comme B Co, A Co s'accrocha par la peau des dents toute la journée, bien que les premières heures furent passées à récupérer du choc initial. Sans compter le fait que les allemands tenaient les hauteurs et se tenaient à couvert, je crois que le fait de trouver nos blessés et nos morts sur notre chemin nous a touché plus que n'importe quoi. Plus le jour avançait, plus les choses empiraient, au point que les soldats encore en vie et autonome devaient ramper sur les corps de leurs camarades dans les fossés, pour amener des munitions en première ligne. Les fossés étaient notre seule protection contre le feu ennemi. , mais ils n'offraient qu'une faible protection contre l'artillerie qui toute la journée a prélevé son écot.

C'était à présent l'heure pour ma company C d'entrer en scène. Le 502 PIR était décimé. Le saut et les 5 jours de combat depuis le D day avaient taillé fort dans nos rangs avant même l'attaque sur Carentan. La majorité des platoons comptait moins de 30 hommes, certains à peine 20. La plupart n'avait plus qu'un seul officier et la moitié de leurs NCO's. Certains n'en avaient plus du tout. En parcourant la partie découverte de la chaussée, et en franchissant la barrière du pont N°4, nos rangs furent encore plus éclaircis. Nous étions en infériorité numérique face aux allemands.

Notre mouvement sur la chaussée fut dramatiquement lent. VJ Folley et moi même nous désespérions d'avoir jamais la chance de sprinter vers l'autre côté du pont. Puis notre tour arriva. Pourquoi étions nous si pressés de traverser l'enfer? je ne saurais le dire..."
gennaker a écrit:
Je portais la cal.30 et ma carabine, et toute une bande de munitions enroulée autour de ma taille. Folley portait le trépied et sa carabine. Bob Cahoon, notre pourvoyeur, avait deux boites de munitions et son fusil. Il nous fallait couvrir près de 400 mètres avant de trouver la moindre protection. On était complètement à découvert, un vrai tir aux canards pour l'ennemi, à partir du moment où on a commencé à courir. Toute la chaussée, et la traversée du pont, à travers la "belgian gate". Passer le pont et quitter la nationale vers la ferme (Ingouff ndlr). Quitter cette route et et traverser le champs. Sauter par dessus le fossé plein de flotte. Courir jusqu'au coin du "carré à choux" (Cabbage patch) jusqu'à la haie parallèle à la route nationale. 400 mètres d'acier pure!

C'était une attaque de type "suivre le leader". Le "vieux" sergent Jay B Schenk, notre platoon sergeant, nous avait répété incessamment "Les mecs, rappelez vous votre entrainement "chat et souris" en Angleterre, à Bragg et au Tennessee. Ici, ce n'est plus l'entrainement. Quand le Lt Cahill démarrera, je veux un de vous échelonné derrière lui tous les 5 mètres nom de Dieu. Zig, puis zag! sur toute la longueur du champs. rester penché! aussi bas que possible. Et gueulez de toutes vos forces! Il faut que les batards sachent que vous arrivez! Quoi que vous fassiez, ne vous arrêtez pas! Courrez! au nom du ciel, courez jusqu'à cette putain de haie!!!"

Pour J B, ce n'était pas simplement une question de survie. C'était le seul moyen de disposer de suffisamment de troopers pour déborder l'ennemi et sauver le poste avancé de la ferme. Le moment pour lequel J B nous avait préparé depuis si longtemps était arrivé.

Lt Cahill, un des mecs les plus sympas que j'ai jamais rencontré, est parti le premier dans cette course folle. 5 mètres derrière lui se trouvait Pfc William Cooper, puis Pfc Anthony Marcozzy. Plus loin, toujours à 5 mètres démarra le Cpl Willie Craig, chef de notre mortar squad. Ensuite, ce fut Cpl John Whitlock, notre radio. Pour je ne sais quelle raison, ce fut ensuite le tour de Pvt Herman Jones du 1st platoon. Après Jones, ce fut à moi, avec VJ Folley à la suite, puis Pvt Cahoon et Pfc Jack Evans était le dernier. Cahill, courageux et élégant, , brave parmi les braves, nous a mené dans cette charge. Laissez moi vous dire que personne ce jour là n'est allé aussi loin sur le flanc de la bataille de Carentan.
La peur s'empare d'un soldat de première igne à tout moment. Seuls les degrés de peur fluctuent. Ce n'était pas l'élément temporel mais mais le degré de peur qui décidait de ce que nous pouvions endurer. J'avais vu ce qui était arrivé aux hommes de A Co. Ils n'étaient qu'à une centaine de mètres de moi quand ils ont été fauché en plein jour. Ils avaient reçu le choc. Pas moi.Cela faisait toute la différence dans le degré de peur que je ressentais..."

La ferme Ingouf, vue du pont N°4, en juin 44...
gennaker a écrit:
"...Quand le Lt Cahill nous a crié "Let's go!", et que "old" J B a répété "au suivant", tout ce qui importait n'était plus que je devrais me lever et courir quand mon tour arriverait. Je traverserais l'enfer en courant tant qu'il y aurait quelqu'un à suivre. Que ferai je si tout le monde devant moi tombait? Je n'y ai pas pensé une seule fois.

"Trooper suivant!"
C'était mon tour. J'ai sauté sur la chaussée. "Reste courbé. Ne te relève pas! zig zag!" me dit le vieux sergent. Je me dis tout haut. "Old J B sait de quoi il parle. Reste courbé." Je me répétais intérieurement ; "Il est plus difficile de toucher une cible en mouvement, qui bouge et qui saute..."J'étais certain qu'un soldat allemand me tenait au bout de son fusil.Le voilà! J'arrivais au pont N°4, et là se trouvait cette fameuse "Belgian date". Un vrai barrage. Il me fallut m'arrêter pile pour pouvoir faire passer entre les barreaux ma mitrailleuse. Des balles sifflaient dans toutes les directions et les craquements qu'elles faisaient au dessus de ma tête étaient épouvantables. Il me fallait dépasser cette barrière et passer le pont. Rien ne pouvait être aussi effrayant que cet endroit pensai-je.
Je réussis à dépasser le pont et à courir sur la route qui mène à la ferme Ingouff, puis à plonger dans le fossé qui la borde. En prenant mon élan pour franchir le fossé, je jetai un coup d'oeil en bas pour être sûr que je pouvais sauter. J'aperçus quelqu'un d'autre que l'homme que je suivais. Ce fut comme un flash, une vision que jamais je n'oublierai. La chose la plus horrible que j'ai vue de toute la guerre. Il y avait au moins six troopers américains serrés là les uns contre les autres et qu'un obus de 88 avait écrabouillé. Ce n'était qu'une bouillie informe de têtes, de bras et de jambes ensanglantés. J'ai failli ne pas sauter mais j'étais déjà dans ma course d'élan quand cette vison d'horreur m'est apparue. J'ai poussé le plus loin possible en pédalant dans l'air comme le fond les sauteurs en longueur. J'ai attérri de l'autre côté du fossé sans même ralentir.

Deux fois encore j'allais devoir passer près de cette scène. Plus tard, après la bataille, à la nuit tombée, et le jour suivant. A chaque fois j'ai évité de regarder afin de ne pas reconnaitre quelqu'un que je connaissais.

Nous sommes tous parvenus à la petite haie sans nous arrêter. Dix des onze hommes avaient pu franchir le pont N°4. En quelques pas, j'avais oublié momentanément la scène cauchemardesque du fossé rempli de cadavres mutilés, et j'étais de nouveau concentré sur la tâche à accomplir. Le champs en bordure duquel je me trouvais était pire qu'au niveau de la "belgian gate". Les balles traçantes le traversaient avec plus d'intensité qu'un nuage de mouches en plein été. Elles venaient vers nous depuis trois haies situées juste devant nous. Nous courrions tous vers la haie située au coin du "Cabbage patch".

C'est là que c'est arrivé! je me trouvais à peu près au milieu du champs. J'ai vu un obus exploser juste devant moi et au même instant, j'ai senti un coup terrible au niveau de mon estomac. J'étais touché! Et je l'avais vu arriver! C'était un ricochet. Je poursuivais cependant ma course folle. Pourquoi n'étais je pas tombé? Je me souviens avoir entendu dire que lorsqu'on est touché, on continue de courir encore un peu avant de tomber mort.

"Continuez de courir" avait ordonné BJ, "Même si vous êtes touché". Quelque part, je l'étais. Peut-être que tous mes camarades aussi avaient été touchés, mais continuaient aussi à courir. Je sentais une terrible sensation de brûlure au niveau du ventre. C'est sûr, mes intestins devaient être en train de se faire la malle... Peut-être étais je en train de saigner à mort... Pourtant j'ai continuer de courir, ainsi que tous mes camarades....."
gennaker a écrit:
"...Je réfléchis à la manière de tomber. Comment tombe t'on avec toute une bande de balles de . 30 autour de la taille et une mitrailleuse sur l'épaule, sans se faire mal? Le lendemain, je rirais de bon coeur de tout cela. Si j'étais touché au point de saigner à mort, quelle importance la façon de se jeter à terre...!!

J'ai poursuivi ma course, penché en avant, en zig zag. Mon entrainement chez les paratroopers avait été le meilleur qui soit. L'instinct prit le dessus. J'arrivai au fossé plein d'eau. Je le sautai d'un bond. J'étais à présent dans le carré de choux (cabage patch ndlr). La haie principale, celle qui courrait parallèlement à la Nationale 13, était juste devant moi. Lt Cahill et Pfc Cooper traversèrent la petite haie qui s'avançait vers le carré de choux. Puis, Pfc Marcozzi et Cpl Willie Craig disparurent de ma vue, suivis de Pvt Jones et du Cpl John Whitlock.
En atteignant la haie, je me jetai à terre. Je tombai ventre à terre alors que les balles ennemies déchiraient les branches juste au dessus de ma tête. Lentement, je glissai ma main sous mon ventre. Je palpai tout autour de mon ventre et ramenai ma main que je plaçai devant mes yeux. Je savais qu'elle devait être couverte de sang. Mais il n'y avait pas la moindre goutte! Je roulai sur le dos et regardai plus précisément.Rien! il n'y avait rien. Quoi que ce soit qui m'ait touché, ne m'avait pas blessé!

Toutes mes peurs avaient disparu. Comme si un grand poids m'était enlevé. Je n'étais même pas fatigué de cette longue course. Je me sentais fort, capable de botter le Q à tous ces batards d'allemands. Je me sentais plein de courage.
Folley, Cahoon et Evans étaient près de moi le long de cette haie. Tous étaient OK. Folley, assistant squad leader du second squad me demanda où étaient ils tous passés. . "Là, à travers cette haie" répondis je. Il démarra en trombe : "Suivez moi!". Nous le suivîmes. Je ne courrais pas. Passé la petite haie, je sentis la protection de la grande haie qui longeait la route nationale de Carentan, avec son surplomb de plus d'un mètre de terre compacte sur lequel poussait la haie à proprement parler. Renforcé par le fait que les balles dirigées contre moi par les allemands n'avaient pu m'atteindre quand j'étais à découvert, je pensais que l'ennemi ne pouvait plus me voir à l'abri de la haie...."
gennaker a écrit:
"...Notre groupe de 10 avançait lentement derrière la haie. Lt Cahill, toujours en tête, était proche du point où la 4ème haie rejoint la haie principale quand il s'immobilisa pour regarder à travers ses jumelles. Il s'agenouilla en tenant ses jumelles de la main droite. Brrrrrrrrrrr! Trois longues rafales de mitraillettes allemandes déchirérent l'atmosphère.
Je me jetai contre le talus de terre de la haie, ainsi que Folley près de moi. Quand le Lt Cahill s'était immobilisé, nous avions continué de marcher et nous trouvions ainsi en paquet.
J'avais toujours la lourde mitrailleuse sur l'épaule et je m'appuyais sur le dos afin de ne pas l'abimer. Je pensais que nous étions en sécurité, et ce qui allait suivre est vraiment difficile à croire. Tous les troopers en avant de Folley et de moi furent touchés, et salement. Les 4 en arrière du groupe n'avions pas été touchés, mais les allemands étaient après nous. "Brrrrrrrrr". Ils nous rataient, mais c'était très près de Folley et de moi, pelotonnés contre le talus. Bob Cahoon et Jack Evans étaient allongés derrière nous, beaucoup plus exposés que Folley et moi.
Folley parla le premier : "Il faut foutre le camp d'ici!"
"P...t t'as raison. Il y a un trou d'obus par là. Allons -y" dis je.Le trou se trouvait à 4 ou 5 mètres de nous, à l'écart de la haie et sans protection. Je bondis le premier et atterris dans près d'un mètre d'eau. VJ me suivit de quelques secondes. Quand il sauta, il m'éclaboussa d'eau et de boue de la tête aux pieds. Folley cria au Lt Cahill de lui dire ce qu'il se passait à l'avant. Cahill répondit que tout le monde était touché et que nous devions installer la mitrailleuse et arroser les haies. Nous installâmes la cal 30 sur son trépied en bordure du trou. Puis je vis que la bande de cartouches était couverte de boue et qu'elle risquait d'enrayer la mitrailleuse. J'avais pris grand soin de la cal .30 mais avais été négligent avec la bande de munitions. Nous perdîmes du temps à récupérer une boite de munitions de Cahoon. Les allemands avaient réglé leur tir et nous arrosaient copieusement. Enfin, nous fûmes prêts.
"Baissez la tête, on ouvre le feu" cria Folley. On a tiré. je ne sais pas combien de temps. Peut-être toute une boite de cartouches. Je sais que j'ai arrosé cette haie jusqu'à Carentan, Aller et retour! On est resté un bout de temps dans ce cratère de bombe plein de flotte.

Notre tir a dû être efficace car le bourdonnement des balles au dessus de nos têtes a cessé. Lt Cahill avait été atteint par les balles de la mitraillette allemande mais ce qui devait plus tard lui coûter sa main gauche, n'était pas une blessure par balle mais l'explosion du verre de ses jumelles. Cahill survivra Carentan, mais la guerre était finie pour lui. Je l'ai revu une fois en Angleterre après la Normandie. Il partait pour les States où il a vécu longtemps et heureux..."
gennaker a écrit:
"...Cinq hommes qui courraient avec nous ont effectué le suprême sacrifice pour leur pays. Pour nous quatre qui restions, c'était presque plus que nous ne pouvions supporter. 5 mecs supers, tous des amis proches, fauchés en pleine jeunesse. William Cooper est mort sans une plainte. Herman Jones a été coupé en morceaux, et a mis longtemps à mourir . Une fin terrible! Le Cpl John Whitlock, notre radio, devait être tout de suite derrière Lt Cahill car il a été touché en même temps que lui. Il est mort très vite, face contre terre. Cpl Willie Craig était derrière lui. Quand il a été touché, il a fait un volte face et est tombé assis par terre, face à moi. Il était mort. C'était une vision d'apocalypse. Il est tombé assis, et il est tombé lentement en avant, son fusil dans les bras, jambes croisées. On ne croyait pas qu'il puisse être mort. Anthony Marcozzi était tout à côté de moi. Il était juste devant le trou d'obus et il est tombé en arrière. Il a essayé de se relever et de dire quelque chose. Puis il est mort.

Cinq des six qui ont été touchés sont morts. Pour Jack Evans, c'en était trop. Il a craqué, et a refusé de bouger après cela. On a dû l'emmener vers l'arrière. Je ne l'ai revu qu'une seule fois après. Avec son départ, nos pertes s'élevaient à 7 hommes sur les 11 qui avaient franchi le pont N°4. Pour les trois survivants, Cahoon avec les munitions, VJ Folley et moi, la bataille ne faisait que commencer...

Le champs dans lequel nous nous trouvions était long et étroit. Je pense qu'il s'agissait d'un potager, où on faisait pousser des légumes pour la vente sur le marché. C'est là que j'ai vu le Lt Swanson pour la première fois. LT Swanson était un type costaud, un brave parmi les braves. Plus tard, j'allais jouer au football avec le régiment sous sa direction. A présent, il arpentait de long en large le champs qui avait vu le désastre frapper mon second platoon. Il ne savait pas encore que le platoon et LT Cahill avaient subi de terribles pertes, ni que VJ Folley et notre mitrailleuse avaient mis en fuite les fallschirmjaeger allemands qui couvraient ce champs; Il ignorait aussi que les allemands tentaient à présent une manoeuvre pour nous attaquer de flanc.

Quand le Lt Swanson réalisa que nous n'avions plus de champs de tir dégagé, il nous demanda de traverser le potager et d'avancer une centaine de mètres vers Carentan. Nous nous installâmes dans un trou d'obus très propice. A peu près à cet instant, le sergent Stanley Czarniak de la Compagnie du HQ de bataillon vint vers nous depuis la route à travers le potager. J'avais connu Czarniak en Angleterre, suffisamment bien pour être capable de prononcer son nom correctement. . Il était squad leader dans l'équipe de mitrailleur du HQ de compagnie. Quand il me demanda de déplacer notre cal. 30 vers une ouverture dans la haie le long de la route nationale, je n'ai pas hésité à ramasser ma mitrailleuse et à me déplacer à nouveau. J'étais certain qu'il savait ce qu'il faisait. Une fois installés près de l'ouverture dans la haie, nous réalisâmes que nous trouvions au bord d'un chemin conduisant dans le potager. La route était beaucoup plus basse que le champs, et elle était bordée d'un petit talus de terre d'environ 30 CM de haut. En se glissant dans le fossé, et en plaçant la cal. 30 sur le chemin, on avait un super angle de tir couvrant la nationale jusqu'à Carentan.
"Ouvrez le feu dès que vous êtes prêt" ordonna Czaniak, "J'ajusterai votre tir quand ils traverseront le champs de l'autre côté."
Je tirais avec la mitrailleuse et Folley me servait d'approvisionneur. Le sergent me donnait des directions de tir. "Descends un peu! Un peu à gauche à présent! Très bien! encore! Là! tu les as! Vas y! donne leur le max! Fous en plein la gueule à ces batards!"
Il se tenait debout au dessus de nous, tirant sur les allemands tout en nous donnant des instructions..."
gennaker a écrit:
"...Les parachutistes allemands se faisaient cueillir à froid en essayant de traverser la national par petits groupes. Soudain, le "cling" caractéristique de l'éjection du clip du M1 du sergent attira mon attention. Je jetai un regard vers lui. Il tenait son fusil bien calé à l'épaule en position de tir. Dans un flash, j'ai vu le truc arriver. Il fut atteint en plein visage. Son M1 lui échappa des mains et en un brusque volte face, il tomba face contre terre Il a survécu! je l'ai revu plus tard en Angleterre.

Il était près de midi. Lt Swanson avait disparu, ainsi que le Sgt Czarniak. Lt Cahill et deux de nos NCOs étaient tombés. Nous n'avions plus revu les sergents Schenk ou Jay B Schenk depuis notre sprint depuis le pont N°4. On ne le savait pas, mais le sgt Odom était juste en face de nous, de l'autre côté du chemin. Nous nous demandions si la C Company avait réussi à passer le dernier pont. Où était notre CO de Company, le Captain Hancock? Et notre CO de battaillon, le Colonel Pat Cassidy??

Folley et moi n'avions qu'une idée en tête, arrêter les allemands qui tentaient de contourner notre position de mitrailleuse et de nous attaquer par les côtés. Nous pensions avoir affaire aux mêmes allemands que nous avions chassés de la haie où nous avions perdu tant de monde de notre second platoon. Nous ne savions pas en réalité que le haut commandement du 6th FJ venait de lancer sa grande contre attaque de la bataille. Pour une raison indéfinie, les soldats qui marchaient dans le fossé derrière nous hésitaient à enjamber ou à contourner les soldats blessés, et formaient ainsi un groupe compacte. Ils constituaient ainsi une excellente cible pour l'artillerie. Ils se sentaient en sécurité tant que notre cal. 30 tirait. Mais quand on s'est trouvé à court de munitions, ils ont paniqué. On leur a demandé de faire passer le message vers l'arrière : "On a besoin de munitions de mitrailleuse à l'avant!" avant de tomber à sec. Mais personne ne s'est levé pour aller en chercher.

Finalement, VJ Folley a envoyé Bob Cahoon chercher des munitions. Dès que nous avons arrêté de tirer, les allemands ont augmenté leur bombardement des fossés de la route. On a vraiment juré, au plus fort des combats.

"Reculez, reculez! les allemands attaquent! repliez vous sur les ponts!" avons nous entendu venant de l'arrière. Tous les hommes valides ont bondi des fossés et ont couru vers l'arrière sur la route découverte. Beaucoup ont été touchés en pleine course. D'autres ont commencé à ramper par dessus les blessés vers l'arrière. On était tout près de la panique.

Notre porteur de munitions n'était pas encore revenu, et il n'y eut bientôt plus que nous deux du 2nd platoon. Au vu de la situation, nous aurions été bien bêtes d'essayer d'arrêter les allemands avec nos seules carabines. Nous décidâmes de foutre le camp d'ici tant que nous étions vivants..."
gennaker a écrit:
"...On discernait les tirs allemands venant des premières maisons de Carentan, juste au bas de la route, dans l'axe de notre position. Nous savions que le potager n'offrait aucun abri, que des trous d'obus. Nous choisîmes donc une autre voie.
On a bondi et on a traversé la nationale vers le côté Est. Nous avons foncé vers une petite maison à deux étages pour nous y abriter. On y est arrivé. Une fois derrière la maison, on a vu des soldats américains se précipiter vers le pont N°4. Ils ne couraient pas en désordre mais semblaient suivre quelqu'un en bon ordre. De temps en temps, un des hommes s'arrêtaient de courir pour tirer sur les allemands. Folley et moi atteignîmes un caniveau plein d'eau qui passait sous la route principale vers le carré de choux. Nous vîmes que les gars de A company avaient pris position le long de ce carré de choux, et nous décidâmes de les y rejoindre et de rester avec des hommes à nous.Nous entrâmes dans l'eau et rampâmes sous la nationale dans le caniveau et jusqu'au fossé opposé, espérant y trouver quelques troopers de C Company. Arrivé au fossé, on s'est joint à une ligne de tirailleurs, et on est resté avec eux le restant de la journée. On n'a revu aucun des troopers de second platoon.

On a eu vent d'une trêve dans les combats, mais elle était déjà finie. Elle n'avait duré qu'une heure, vers les 13 heures 30. Elle avait été demandé par les deux camps pour ramasser les blessés les plus graves éparpillés sur le chap de bataille. On avait vu le Major Davidson, le chirurgien du régiment marchant avec un drapeau à Croix Rouge en compagnie de deux officiers allemands au beau milieu de la route de Carentan.
"Sympa! "ai je dit à Folley ; "La guerre n'est qu'un jeu finalement!" Des années plus tard, j'ai appris que nous avions envoyé durant cette trêve un Medic du Medical Corps jusqu'au centre ville de Carentan pour demander au commandant allemand de se rendre. Il n'a pas voulu!.

Cette trêve d'une heure n'a finalement servi qu'à fâcher davantage encore les paras du 6th FJ. Les combats ont empiré, et l'après midi n'a plus été qu'un enfer ininterrompu pour quiconque tentait de franchir les ponts. Nous autres américains étions accrochés par la peau des dents au moindre centimètre carré gagné de l'autre côté du pont. Les paras allemands étaient en chasse, multipliant les attaques. Il n'y eut aucun répit de toute l'après-midi. Ils nous tombaient dessus vague après vague, avec leurs fusils et mitraillettes tirant dans toutes les directions.

Heure par heure, ils sortaient de Carentan depuis les fossés de chaque côté de la nationale. Ils longeaient les quatre grandes haies vers le carré de chou et les caniveau. Ils arrivaient depuis la voie de chemin de fer et les hauteurs vers le verger et la ferme Ingouff. Des balles d'armes légères remplissaient l'air et trouvaient leurs cibles au fur et à mesure que la journée s'avançait. Chaque camp a payé un sacré prix pour chaque attaque et contre attaque.
Folley et moi avons ramassé des M1 pour remplacer nos carabines. Dès le milieu de l'après midi, le champs de bataille était jonché de matériel et d'armes diverses des deux camps. Ils y avait tant de blessés et de morts sur le terrain que vous pouviez à loisir choisir l'arme que vous vouliez...."
gennaker a écrit:
"...Une fois dans le fossé plein d'eau, Folley et moi sommes restés là jusqu'à la fin des combats. Pendant 6 heures et demi, à partir de 13 heures, on est resté assis là, nous levant de temps en temps pour nous dégourdir, et même nous allongeant dans l'eau pour essayer de dormir. Bien que nous soyions presqu'en été, j'étais gelé jusqu'aux os quand le soleil s'est couché.

La ferme fut reprise. Cole fit des plans avec le régiment pour préparer une retraite. Le second battalion devait établir une ligne de feu à partir de la nationale, de façon à permettre aux valides des 1 et 3rd battalion de se replier vers le pont N°4. Les blessés devraient rester en arrière.
Un sentiment lugubre planait sur nous. On le voyait sur chaque visage. Je n'avais pas abandonné, pas plus qu'aucun de mes camarades. On tenait toujours le coup. Nous n'étions plus très nombreux mais nous continuions à tirer sur l'ennemi. On tirait dans la direction d'où venait le bruit de leur culasse manuelle. On n'arrivait pas à les voir.. J'avais passé mon fusil à travers la haie, pointé vers l'ennemi. Quand je les entendais approcher, je tirais comme avec une mitraillette, deux coups à la fois.
"Pour l'amour de Dieu" entendit on de quelque part dans ce fossé plein d'eau ; "Pourquoi nos gars continuent ils de balancer des obus si loin au dessus de nous! On a besoin de soutien d'artillerie tout de suite et exactement sur nous."

Et soudain (il devait être près de 18 heures), c'est arrivé! comme une pluie divine. Notre artillerie a tiré juste devant nos lignes, devant le fossé. Tous nos canons ont ouvert le feu. C'est le plus gros barrage venant de nos lignes que j'avais jamais expérimenté. Il a duré seulement 5 minutes et a tué quelques paratroopers US qui avaient pourtant survécu à trois jours de combat. Mais ce barrage a sauvé le 502! On avait gagné!

Pour les allemands du 6th FJ, c'était la fin du combat pour Carentan. C'était fini pour eux. A minuit, ils s'étaient tous retirés, et le lendemain matin (Jour J+6), ils quittaient Carentan. Les allemands avaient subi de terribles pertes. Mais ils se reformeraient, et nous allions les retrouver plus tard..."
gennaker a écrit:
"...Je demeurai assis, sous le choc, comme beaucoup d'autres après la bataille. Je ne savais pas si nous avions gagné. Mais je savais que l'artillerie nous avait délivré. Je ne me souviens plus comment ni par qui j'ai su que la bataille était terminée. Ceux d'entre nous qui avaient passé la journée dans le fossé plein d'eau se retrouvèrent à arpenter le bout de la nationale, à errer au milieu de la route. On nous dit de retrouver les survivants de chacune de nos compagnies.
VJ Folley et moi étions toujours ensemble et on s'est mis à la recherche de C Company. Quand on les retrouva, captain Hancock nous dit de rassembler le second platoon. On a retrouvé Bob Cahoon, notre porteur de munitions, toujours en une seule pièce. On lui a demandé où était le second platoon. il a dit : ICI!" On a regardé autour de nous, et on a vu seulement le sergent Jay B Schenk. Je n'en croyais pas mes yeux. Du second platoon ne restait que nous quatre! J'ai dit à Folley : "P...n! c'était chaud. Ils ont presque anéanti tout le second platoon." Même le "vieux" sergent Jay B Schenk avait l'air sonné. D'ailleurs, il ne trouvait rien à dire! C'est un signe!

Quand la nuit est tombée en cette journée de juin, j'ai vu l'incendie d'une ville en flamme dans le Sud Est. En repartant de Carentan vers St Côme, on est resté sur le bord de la nationale pendant que le 1st battalion du 506th PIR prenait notre place. Un des gars du 506 a crié : "Hey, les Five o' deuce! On dirait que vous avez été très occupé! Personne ne vous a dit qu'on ne travaille pas le dimanche!"

Il était minuit passé quand nous avons rejoint St Côme. Je suis entré dans un petit pré et me suis cherché un petit endroit le long de la clôture sous une haie. Je n'ai pas creusé de foxhole car je n'en avais plus la force.

Je n'avais pas dormi depuis 44 heures."

Sergeant Layton Black, C/502 PIR
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