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  Feuilleton : leur 6 juin, comme si vous y étiez...

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Gliderpilot50
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MessageSujet: Feuilleton : leur 6 juin, comme si vous y étiez...   Jeu 22 Nov - 21:06

gennaker a écrit:
CAPTAIN SAM MERVILLE GIBBONS, RHQ 501ST PIR

JUNE 6, 1944 -- I WAS THERE

"...Il faisait nuit... léger brouillard au sol.... le corps arc bouté en avant.... pieds joints... tête penchée en avant....
Mon parachute s'est ouvert dans un grand bruit, conséquence du poids des équipements supplémentaires... ainsi qu'on me l'avait appris, j'ai jeté un oeil sur mon parachute.. il était parfaitement ouvert. Puis j'ai regardé autour de moi pour m'assurer que je n'étais pas sur la trajectoire d'autres paratroopers. Mais je ne vis personne. J'ai en revanche vu et entendu des tirs de fusils et de mitrailleuses qui montaient vers moi depuis un point à 70 mètres sur ma droite... j'imagine qu'il y avait au moins 15 armes en action. Je voyais la flamme des coups de feu et parfois des balles traçantes, apparemment destinées aux vagues d'avions qui fonçaient vers le Sud Est. j'ai eu un bref aperçu de petits villages sombres à 6 ou 7 00 mètres devant moi. Je me suis dit qu'il devait s'agir de Ste Mère Eglise. Plus tard j'ai su que j'avais raison. Me suis préparé à atterrir, les yeux rivés au sol, regard braqué sur une cinquantaine de mètres en avant... ( regarder droit en dessous peut vous coûter une jambe cassée). Genoux légèrement fléchis, et pieds joints pour que les os et les muscles de chaque jambe absorbent le choc de l'atterrissage. Les pieds touchent, les genoux s'affaissent, je roule sur moi-même.. et atterri à plat sur le dos! Je reste immobile après ce fracas... mon parachute camo se dégonfle doucement à côté de moi. Les allemands à moins de 50 mètres auraient pu m'entendre s'ils n'étaient pas aussi occupés à tirer bruyament sur les avions....

Tout de suite j'ai su que je n'étais pas au bon endroit, à au moins 10 km de ma drop zone initiale et bien plus profondément en territoire occcupé que ce qui avait été prévu. Il était 1 heure 26 du matin, 6 juin 1944. Le Jour J débutait sur les plages à 6 heures 30. Le saut en parachute depuis l'avion jusqu'à la terre de Normandie n'avait pas duré plus de 30 ou 40 secondes, probablement moins.
J'avais 24 ans, j'étais capitaine, au 501st Parachute Infantry Regiment, un Geronimo, unité de la 101st Airborne Division qui, avec la 82nd Airborne, avait largué 12 000 parachutistes cette nuit là. Nous étions l'avant garde de l'invasion de l'Europe. Je suis conscient que 12 000 semble une force importante, mais si vous considérez qu'on nous avait dit qu'il y avait en face 70 000 allemands, vous avez une idée de ce que l'on pensait de la situation. J'ai sauté de l'avion N° 42 sur un total de près de 1 000 avions. Nous étions 17 à sauter de cet avion, tous de Regimental Headquarters 501st. Le 501 représentait à peu près 2 000 soldats et officiers. Nous étions tous volontaires, et recevions tous une prime de risque...."

To be continued!
gennaker a écrit:
"...Pour ce saut, nous nous étions rasés le crâne. Les chirurgiens prétendaient qu'il serait ainsi plus facile de nous recoudre. Nos mains et notre visage étaient noircis pour être moins repérables dans la nuit. Nous portions un uniforme et des bottes de combat spéciaux. Tous nos vêtements, y compris nos sous vêtements et chaussettes , avaient été imprégnés d'un produit chimique contre les gaz. Nous empestions comme des tanneurs. Notre uniforme très spécial était fait d'un coton très solide, avec beacoup de grandes poches avec des boutons pressions pour une ouverture rapide. Le col de la veste était haut et juste sous le cou, nous portions un canif dans une poche secrète pour nous aider à nous libérer de notre parachute. Mon poids normal était de 75 kg. Cette nuit là, quand j'ai touché le sol, j'en pesais plus de 90! Tout ce poids supplémentaire explique la violence de l'ouverture du parachute et de l'attérissage. On s'y attendait. On avait été formé pour cela avec de nombreux sauts en Angleterre.

Mon équipement était typique du saut de cette nuit là ; Deux parachutes, un principal sur le dos, et un de réserve sur la poitrine en cas de mauvais fonctionement. Tous les deux étaient camouflés vert et marron, et fait de nylon, un matériau très nouveau pour l'époque. Lors de nos premiers sauts, nous avions utilisés des parachutes en soie. On portait tous une Mae West gonflable, car nous devions traverser la Manche sur plus de 200 km et sauter près d'une rivière. Beaucoup ont été utilisés cette nuit là.

Nous portions aussi un brelage avec une ceinture de munitions avec 30 balles de .45 et une centaine de cartouches de calibre 30. pour la carabine, deux grenades, un Colt . 45, chargé et armé, une carabine cal. 30 avec crosse repliable, chargée et armée, un poignard de 10 pouces attaché au mollet pour le combat au corps à corps, un bidon d'eau, une cuiller et un quart pour tout ustensile de cuisine, des tablettes de purification d'eau, un paquet de premier secours, un liner de casque spécialement attaché au casque pour ne pas être arraché lors du saut, un autre package de premier secours contenant deux syrettes de morphine, des sulfamides et des compresses pour arrêter les saignements. Dans les poches de pantalon, nous portions une mine anti tank de fabrication anglaise, car on s'attendait à affronter des chars, un masque à gaz (dans lequel j''avais planqué deux bières Schlitz), un sac contenant un imperméable, une couverture, brosse à dent, papier toilette et six repas de type K rations, une pelle pour les foxholes, cartes, boussole, lampe... Et aussi un petit kit d'évasion comprenant une minuscule boussole, une petite lame, une carte de France imprimée sur un mouchoir en soie, et environ 300 dollars en monnaie Française. Tout ceci était contenu dans une boite étanche, que l'on devait cacher au plus près du corps. Le mien était planqué dans ma chaussette droite...
On portait aussi deux autres objets ; nos "identification tags" sur une chaine légère autour du cou, retenu par un ruban adhésif afin qu'ils ne fassent pas de bruit. Et à midi le jour du départ, nous avons reçu notre surprise, un "cricket". C'était un petit jouet en métal et acier. Quand vous le pressiez, il émettait un petit claquement. C'était un truc inattendu et dont nous n'avions jamais entendu parler. Mais ce devait être notre premier moyen d'identification entre ami et ennemi la nuit de l'assaut. On s'est entraîné un moment, cliquant et recliquant, en riant beaucoup. La plupart d'entre nous n'avions rien vu de tel depuis les boites de céréales "Crackerjack" ou les chaussures "Buster Brown" de notre enfance. A l'heure du déjeuner, on nous révéla les mots de passe pour les premières 48 heures de l'invasion. Le challenge était "Flash", et la réponse, "thunder", avec le contre mot "welcome", et cela à partir de l'instant où nous touchions le sol. Le deuxième jour, le mot de passe "était "hustle", et la réponse "along". Entre mots de passe et cricket, on était prêt à l'identification durant les dures premières heures de combat..."
gennaker a écrit:
"..Donc, avec tout ce barda sur le dos, à l'instar des autres 12 000 paratroopers, je me trouvais troisième de mon stick, avion N°42, prêt à sauter de 800 pieds pour "le jour le plus long..."
Des 18 hommes de l'avion N°42, je peux seulement vous raconter ce qui est arrivé à un petit nombre d'entre eux : les autres étaient perdus, comme nous pendant un moment. Juste après 1 heure 26 du matin, alors que j'étais toujours allongé sur le dos, j'ai remué les jambes et les pieds pour m'assurer que tout était OK. Puis j'ai débouclé mon harnais de parachute ventral, mais je ne parvenais pas à enlever le harnais autour de mes cuisses tant il était serré. J'ai coupé les lanières avec mon canif. Puis j'ai enlevé ma Mae West et mon sac d'équipement personnel qui pendait devant moi sous le parachute de réserve. J'ai sorti ma carabine de son holster, vérifié la sureté et ai roulé sur le ventre. Tout cela n'a pris que quelques secondes mais il m'a semblé que cela durait un siècle. Personne ne m'avait vu. Et je ne voyais personne mais j'entendais tous les tirs de ces allemands à 50 mètres de moi. Leurs tirs étaient une bénédiction car ils étouffaient mes moindres bruits et eux gardaient les yeux rivés au ciel et pas au sol.

J'étais dans un champs d'herbe grasse, un paturage qui devait faire 150 mètres de long du nord au sud, et 120 mètres de large d'est en ouest. Je ne pouvais voir s'il y avait quelqu'un d'autre dans ce champ à part les allemands dans le coin sud est du champ. Le bordure du champ la plus proche de moi était à une vingtaine de mètres. J'ai rampé ou plutot glissé sur le ventre jusqu'à ce que j'atteigne la haie où je me suis redressé à genoux pour mieux écouter.Puis je me suis levé en gardant la tête et le dos courbés. Rien ne se passait dans le champ. J'ai escaladé le talus de la haie pour regarder de l'autre côté. Toujours Rien. Pas un bruit à par les tirs de l'autre extrémité du champ.
De l'autre côté du talus courait une route étroite et pavée. Plus au sud, à 7 ou 8 mètres, une autre haie, similaire à celle dans la quelle je me trouvais, et plus loin d'autres haies et d'autres champs....
La Normandie est un pays de ferme et d'élevage ; les haies ont été érigées au long des siècles, peut-être déjà à l'époque de Guillaume le conquérant... Au fur et à mesure que les paysans travaillaient ces champs, ils entassaient les pierres et rochers le long des haies jusqu'à ce quelles deviennent plus que de simples barrières de séparation. Elles sont aujourd'hui un véritable mur de pierres, de terre, de racines, de buissons et d'arbres. Certaines haies mesurent 2 à 2,50 mètres de large à la base, et jusqu'à plus de deux mètres de hauteur. ces haies son souvent surmontées d'arbres fantomatiques. Cette partie de la Normandie est un vaste assemblage de petits champs comme celui ci, irréguliers et bordés de tous côtés de hautes haies, avec parfois des routes et des chemins entre les haies. Le tout entrecoupé de rivières et ruisseaux ou marécages. Les fermiers du coin vivaient dans des petites enclaves, dans des maisons vieilles parfois de plusieurs siècles.
Il y a quelques petites villes. Carentan, située à une dizaine de kilomètres de là où j'ai atterri, est une des plus importantes avec une population d'environ 5 000 personnes. Carentan est située au sud de la Douve, à 5 km de la mer. Ste Mère Eglise, un demi km de ma zone de saut, avec une population de 2 500 personnes, est en travers de la principale route sur un axe Nord sud et qui relie Cherbourg à Paris, à près de 300 km. Cherbourg était notre objectif à long terme. Notre objectif immédiat était d'ouvrir les accès depuis les plages à 10 km de là où je me trouvais, et de sécuriser les franchissements de la Douve afin d'empêcher l'arrivée des renforts allemands. Cherbourg était notre objectif suivant, tout au bout de la péninsule du Cotentin...."
gennaker a écrit:
"...S'orienter au beau milieu de la nuit sans lumière, ni étoiles, ni lune visible, et sans marques de terrain ou de constructions identifiables, n'est pas chose aisée. Deux choses me vinrent en aide. D'abord, nous avions étudié le terrain d'après des cartes, photographies aériennes et maquettes pendant des heure et des jours jusqu'à en être bien pénétrés. Puis, lorsque je m'étais trouvé dans l'embrasure de la porte de l'avion venant d'Angleterre, j'avais identifié quelques repères, comme les îles anglo-Normandes. Et puis j'avais identifié St Sauveur le vicomte et la Douve et ses marécages. En approchant de la Douve notre avion avait ralenti et relevé la queue de l'appareil afin de minimiser les chances de la heurter en cas de mauvaise sortie. La lumière verte s'était allumée juste après la Douve.
Il me semblait que nous étions trop loin au nord, et trop à l'ouest de notre drop zone. Mais on n'a pas le temps d'hésiter et de discuter avec le pilote ; d'abord il ne nous entendrait pas, et ensuite, lorsque l'on vole en formation serrée, il n'y a pas de place pour l'opinion individuelle. Et puis, il y a toujours le risque que les avions suivants volent plus bas que le vôtre et les paras risqueraient de se faire heurter par les avions s'ils retardaient leur saut. Les parachutes et les hélices ne vont pas bien ensemble et il y avait beaucoup d'avions dans notre sillage et en dessous de nous, donc, on a sauté. On avait le choix entre sauter maintenant ou risquer le pire plus tard. Au moins, on était au dessus de la terre ferme, d'autres n'ont pas eu cette chance cette nuit là..."

On volait en formation serrée pour faciliter le rassemblement au sol. Sauter en parachute en conditions normales, de jour, rend déjà le rassemblement au sol difficile et long. Nos entrainements de nuit en Angleterre, sans flak ni tirs ennemis au sol étaient aussi difficiles, et nous nous doutions que le rassemblement de cette nuit serait très dur...
Mais d'abord, il nous fallait pousser à l'extérieur nos equipment bundles. Ils contenaient les radios pour les Headquarters du 501st. Puis les deux opérateurs radio devaient sauter. Je n'ai plus jamais revu ni les radios ni les opérateurs. Puis vint mon tour, suivi par 13 ou 14 autres gars qui n'avaient pas la moindre idée d'où ils se trouvaient. Je crois que le dernier homme à sauter fut le Lt. Colonel Harry Kinnard (RIP ndlr), l'Executive Officer du Regiment et commandant en second du 501st PIR. Kinnard et moi nous sommes revus 30 heures plus tard et à des kilomètres de notre zone d'atterrissage.
Je suis redescendu de mon talus et j'ai examiné le champs où je me trouvais. Il y avait juste assez de lune entre les nuages pour me permettre de constater qu'aucun autre Américain n'avait atterri dans ce champs. Je ne discernai aucun tir d'armes américaines. Les armes allemandes avaient un son différent des nôtres. La différence principal était dans la cadence de tir de leurs armes automatiques. Les leurs tiraient beaucoup plus vite que les nôtres et faisaient un son moins sourd. Cela facilitait l'identification des tirs amis ou ennemis..."
gennaker a écrit:
"...Les allemands dans mon Sud Est, à environ 50 mètres, tenaient un barrage routier, pensai je, et les tirs semblaient venir d'environ 1 km plus au nord, vers Ste Mère Eglise.
J'ai fait face à l'ouest et ai commencé à ramper le long de la haie très lentement, essayant de faire le moins de bruit possible. Les tirs ont continué derrière moi à l'intersection des routes. J'ai dû ramper très lentement durant 5 à 10 minutes. Je me suis arrêté et ai de nouveau regardé par dessus la haie. Je ne voyais rien ni personne. De temps en temps, un avion passait dans le ciel, venant généralement du Sud Est, confirmant mon sentiment que j'étais trop au nord et trop à l'ouest, loin de ma drop zone assignée, et ma zone de rassemblement. Je pensais à autre chose aussi. Je n'étais absolument pas certain de ma position. Peut-être étais je plus près que je ne pensais des plages et les avions avaient peut-être déjà largués tous leur parachutistes. Puis j'ai craint que toute la mission ait été annulée sans que j'en sois averti... j'ai continué à avancer, essayant de mettre de la distance entre moi et le barrage allemand sans me faire repérer. Cette fois, j'avançai courbé en deux et j'allais un peu plus vite. J'ai finalement rejoint l'extrémité Sud Ouest du champs. A ma gauche, il y avait une barrière d'enclos, et des "choses" que les vaches laissent derrière elles dans un champs (sic). Au moins, j'en déduis que ce champs n'était pas miné avec toutes ces vaches. On nous avait dit qu'il y avait de bonnes chances pour que ces champs soient minés ou piégés. J'ai poussé la barrière doucement et avec précaution, car comme toutes les barrières, elle grinçait, et me retrouvai sur une étroite route pavée avec des haies de chaque côté. Les grands arbres dans les haies donnaient une apparence effrayante à cet endroit, mais il n'y avait toujours pas le moindre signe de vie à part celui des allemands au barrage routier. A ce moment, j'étais sûr qu'ils ne m'avaient pas repéré et qu'il ne pouvaient plus me voir. J'ai commencé à marcher normalement, ma carabine bien en main prêt à l'action, et mon cricket entre le pouce et l'index. J'ai dû marcher ainsi pendant 10 minutes, en serrant la droite de la route près de la bordure où courait un petit fossé. Soudain, à 7-8 mètres devant moi, j'ai cru discerner une silhouette casquée. On aurait dit un casque américain. Mais dans l'obscurité, rien de moins sûr. Je me suis agenouillé dans le fossé et j'ai cliqué une fois sur mon cricket. La réponse et les deux clics me parvinrent immédiatement. Je me suis senti 1000 ans plus jeune. Nous nous sommes approchés l'un de l'autre à nous toucher. J'ai murmuré mon nom et il a murmuré le sien. A ma grande surprise, il n'était pas de mon avion. En fait, il n'était même pas de mon Headquarters group. C'était un sergent complètement perdu. Il essayait lui aussi de s'éloigner du barrage qui était à présent 200 mètres derrière nous. Cette rencontre a eu lieu 45 minutes après mon saut....
La fusillade du côté de Ste Mère se poursuivait, mais les bruits étaient de plus en plus faibles, bien que paraissant plus denses. Les avions passaient sans discontinuer, et c'est là que j'ai réalisé pour la première fois la fraicheur de l'air. J'étais content d'avoir mes caleçons longs en laine sous mon jumpsuit...."
gennaker a écrit:
"...On a marché le long de la route encore une soixantaine de mètres quand nous avons entendu de nouveaux "clics" et avons rencontré trois gars supplémentaires, dont aucun ne faisait partie de mon avion. Ils semblaient néanmoins se connaitre et étaient du 501st. On a commencé à se sentir mieux et notre confiance revenait. On a sorti nos cartes et on a essayé de localiser notre position. On en a rapidement conclu qu'il nous était impossible de rejoindre notre zone de rassemblement et qu'on ferait mieux d'essayer d'accomplir la mission du 501st qui était de couvrir la ligne de la rivière Douve, car c'est là une tâche qui vous semblait réalisable compte tenu du temps et de la distance. On a aussi réalisé que de continuer à marcher ainsi le long de la route, si c'était rapide et pratique pour rencontrer des soldats amis, était aussi très dangereux. On a donc décidé de couper à travers champs par la gauche et de nous diriger vers la Douve. En entrant dans un champs, on est tombé sur d'autres troopers du 501st. Et toujours personne de mon avion, et aucune logique dans l'origine de ces gars. Ils appartenaient tous à des groupes différents et il paraissait évident que la dispersion concernait un très grand nombre d'unités, plus que je ne l'imaginais. J'ai découvert plus tard que cet éparpillement couvrait une zone d'environ 20 km du nord au sud et 20 km d'est en ouest.

Des gars avaient aussi atterri dans la mer à l'est des plages et d'autres étaient tombés dans la Douve à l'ouest, et d'autres encore plus loin dans les terres, presque à l'ouest de la péninsule. Tout ce que je savais à ce moment là c'est que nous étions 12 ou 14 gars, dont certains se connaissaient, la plupart d'unités différentes, et nous avons avancé rapidement. Je ne veux pas dire par là que nous marchions tranquillement. Nous étions courbés en deux, et avancions un peu avant de nous arrêter pour écouter et observer ; puis on reprenait la progression, en restant à distance visuelle les uns des autres. Je me suis mis au milieu de notre colonne deux par deux, et je donnais une direction générale. Ce n'était certainement pas la façon dont j'avais envisagé l'invasion et on ne s'était pas préparé à cela. On s'était toujours entrainé à se rassembler très vite sur la zone de saut, s'identifier et se positionner par unité organisée. Et me voilà, officier d'Etat Major depuis un an et demi, en train de mener une patrouille d'hommes dont je ne connaissais aucun personnellement, et dont très peu avait probablement jamais entendu parler de moi!
Mais nous avons progressé de très belle manière. Les sergents commandaient les caporaux et les Privates en les organisant en petites unités. Je pensais combien ce boulot de chef de patrouille était nouveau pour moi, mais c'est ainsi qu'étaient les choses ce matin là. Au lieu d'un assaut concerté et organisé, les 12 000 parachutistes ont combattu durant les premiers jours en petites unités et parfois tout seuls. La seul chose qui ait sauvé la mission est que nous connaissions tous individuellement nos objectifs et que nous avons tous essayé, avec nos moyens, à les atteindre par tous les moyens.

Il devait être trois heures du matin quand nous avons rejoint une nouvelle route. Elle était aussi pavée et courait d'est en ouest. Elle était un peu plus large que la route précédente, et on avait l'impression de se rapprocher de la rivière car le paysage s'aplanissait. Les haies semblaient aussi un peu moins hautes. En fait, lorsque vous regardiez alentours, on ne voyait plus de ces arbres fantômatiques et un peu effrayants qui bordaient le champs où j'avais atterri. On a avancé rapidement sur cette route, en prenant beaucoup moins de précautions, car notre moral était à la hausse. On marchait vers l'ouest quand l'homme de pointe fit le signal de l'arrêt. Je sprintai en avant pour voir ce qui se passait. Il me dit qu'il apercevait un petit village devant nous. Ou du moins quelques bâtiments qui évoquaient un village. On s'est arrêté et on a écouté durant quelques minutes. Aucun son ne provenait du village..."
gennaker a écrit:
"...Un brouhaha est alors monté depuis l'arrière de notre colonne, et quelques tirs retentirent venant de mes hommes. Il y eu le fracas de quelqu'un qui tombe sur la chaussée. Je couru vers l'arrière et réalisai qu'ils avaient tiré sur un allemand à vélo. Ce devait être une sorte de courrier. Il était plus blessé par sa chute et semblait mort de peur plus qu'autre chose. On l'a désarmé et on l'a fouillé, toute en réfléchissant à ce qu'on allait pouvoir faire de lui. Son vélo était en ruine, et il s'était bien amoché en tombant. Les hommes lui prirent sa ceinture et lui attachèrent les mains derrière le dos. On se dit qu'avec tout le raffut qu'on avait fait, et s'il y avait plus d'allemands dans le village, on ferait bien de partir d'ici. On a sprinté vers le village. C'était un tout petit village complètement dans l'obscurité. En tête de colonne, quelques tirs partirent et l'information nous parvint qu'on avait tué quelques allemands, deux probablement qui étaient sortis en courant d'une maison au moment où nous pénétrions dans le village. On faisait à ce moment tellement de bruit que s'il y avait eu d'autres allemands dans le coin, ils nous auraient invariablement repéré.
Les bruits des coups de feu nous avaient passablement excité. On ne savait pourtant toujours pas où nous étions. Ces petits villages n'avaient aucun panneau de signalisation et il n'y avait pas âme qui vive pour nous accueillir. J'ai commencé à cogner aux portes et à appeler pour que quelqu'un sorte, mais bien sûr, aucune porte ne s'est ouverte et personne n'a bougé. Je criais en anglais, comme si quiconque dans ce village pouvait comprendre l'anglais!
Finalement, au bout de quelques minutes, un français d'environ 50-55 ans est apparu sur le seuil d'une des maisons. C'était un petit homme d'environ 1,70 m, vêtu typiquement comme un paysan, chemise clair et pantalon sombre; Il semblait s'être habillé depuis un certain temps, au mois une partie de la nuit, car ses chaussures étaient nouées et il portait un pull. J'ai commencé à lui demander en anglais où nous étions, quel était le nom du village, et il m'a juste regardé avec incrédulité et à commencer à me baratiner en français. Il semblait tout excité. D'autres personnes sont apparues dans sa maison, mais aucune ne comprenait l'anglais. Certains de mes hommes avaient reçu des réponses à certaines portes et fenêtres, mais rencontraient la même barrière du langage. Finalement, je suis entré dans sa maison sombre, et ai sorti mes cartes et ma lampe torche. J'ai fait de grands gestes au dessus des cartes, espérant qu'il comprenne et me montre du doigt où nous étions. Mais, soit il avait très peur, soit il ne voulait en rien être impliqué, et bien que je lui cite dans mon meilleur français des noms de villes où nous aurions dû nous trouver, je n'obtins aucune réponse. Puis un des sergents s'avança et dit qu'il avait trouvé le nom du patelin ; Carquebut. Nous savions enfin où nous étions....


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MessageSujet: Re: Feuilleton : leur 6 juin, comme si vous y étiez...   Jeu 22 Nov - 21:06

gennaker a écrit:
Lors de ces échanges avec "mon" français", j'ai tenté quelques phrases en espagnol apprises au collège, mais il m'a regardé avec encore plus de stupéfaction. J'ai bien peur que même s'il avait compris l'espagnol, il n'aurait pas compris un seul mot de ce que je lui baragouinais. Mais quand j'ai dit "ste Mère Eglise", il a répété "église église" en pointant du doigt le bas de la rue. Je venais de recevoir ma première leçon de français. "Eglise" signifie "church". Il n'avait pas compris mon "Ste Mère". Mais il savait qu'il y avait une église dan son village et il me la montrait. En vérifaint avec ma carte, j'ai eu confirmation qu'on était bien à Carquebut, car il yaavait une petite église où il me l'indiquait et la topologie des lieux et des bâtiments du village corrrespondait avec celle de ma carte. On a continué à fouiller Carquebut mais n'avons trouvé aucune trace des allemands. Il y eut encore des tirs en bordure du village de la part de mes hommes, et on me signifia que les deux allemands qui avaient tenté de s'enfuir à notre arivée étaient morts. On avait toujours ce prisonnier dont nous ne savions que faire. On lui a enlevé ses chaussures et on les a balancé au loin, pensant qu'il aurait du mal à s'échapper pieds nus. On a essayé de confier ce prisonnier aux français qui sortaient petit à petit des maisons, mais ils n'en voulaient pas. Tout ceci se faisait à grands renforts de gestes et de mélange de mots français et anglais..."
gennaker a écrit:
"...On a essayé de savoir des français s'il y avait d'autres allemands dans le coin. A nos questions, ils nous regardaient avec de grands yeux effarés. Je pense qu'ils croyaient que nous n'étions qu'un commando isolé et avaient peur de se compromettre, pensant qu'au lever du jour, nous serions partis, les laissant seuls face aux allemands. Personne ne voulait coopérer avec nous.

Mais ne voyez là aucune critique de ma part à l'encontre des français. Ils ne nous étaient pas hostiles. Ils ne voulaient simplement pas coopérer car les allemands le leur avaient interdit sous peine de représailles, comme celles qui avaient été effectuées contre les français lors du raid sur Dieppe en 42. Les allemands avaient massacré ceux qui avaient aidé les anglais et les canadiens.

L'action à Carquebut n'avait duré que 20 à 25 minutes. il était à présent environ 3 heures 30. Nous savions que Carquebut était hors du secteur de la 101st Airborne Division, et était dans le secteur de la 82nd Division, qui avait une mission différente de la nôtre le Jour J. Après une rapide discussion avec les sergents, j'ai décidé de faire route au sud vers St Côme du Mont, à environ 7 km de notre position. St Côme faisait partie des objectifs du 501st. C'était sur la ligne de défense de la Douve et pas très loin des ponts sur la Douve qu'il nous fallait prendre ou détruire.
On avait trois accès à st Côme du Mont. On pouvait tenter à travers champs, mais nos cartes indiquaient des marécages et personne n'avait envie de s'y risquer. On pouvait aussi suivre le chemin de fer un peu plus dans l'ouest qui traversait les marais et passait au dessus de la Douve dans l'ouest de St Côme. Ou bien on pouvait tout simplement suivre la route de St Côme. Bien que la route soit un peu plus longue, peut-être un kilomètre et demi de plus, on a choisit la route car on s'est dit que le chemin de fer devait être gardé au niveau des ponts et passages à niveau, et qu'il nous faudrait circuler sur de longues portions à découvert et que cela pouvait être dangereux. La route à travers champs, pensions nous, serait lente et nous prendrait beaucoup de temps. Donc le choix de la route était le meilleur. En quittant Carquebut cap à l'est, le jour a commencé à poindre. On était à 45 minutes du levé de soleil mais il faisait déjà très clair. Nos coups de feu avaient été entendu par d'autres troopers qui étaient dans le coin, et quand nous nous sommes mis en route on les a vu sortir des champs pour nous rejoindre.
On progressait en colonne par deux de manière classique, une file sur chaque côté de la route, et moi au commandement depuis la première moitié de la colonne. On restait toujours suffisamment proches les uns des autres pour garder u contact visuel mais nous progressions à présent de manière très agressive. On a traversé un bourg qui, pensions nous, devait être Eturville, à peine un village, une ferme à gauche de la route, et deux bâtiments sur la droite. Portes et fenêtres étaient fermées et s'il y avait là des allemands, ils ne nous ont pas embêté.

30 minutes environ plus tard, on a rejoint la route principale, qui court du Nord au sud et Ste Mère Eglise et Carentan. A un petit patelin appelé Les Forges, en arrivant en vue du village, on a aperçu deux ou trois soldats américains à l'intersection et on a couru pour les rejoindre. Là, pour la première fois, je suis tombé sur quelqu'un que je connaissais! c'était un Lieutenant américain du nom de Charlie Poze, du 501st. Il avait réuni 5 ou 6 hommes et avaient pris contrôle du village. Ils en avaient fouillé les maisons mais sans y trouver le moindre allemand. Dans notre nord se trouvait la ville de Ste Mère Eglise, à environ deux kilomètres. Dans notre sud, se trouvait St Côme du Mont, à plus de 5 km. Ainsi que le pont sur la Douve et le pont de chemin de fer. Prendre le contrôle de ces points de passage était notre objectif. Nous nous trouvions à présent sur un terrain qui paraissait familier. Ste Mère Eglise nous avait originellement été attribué comme objectif, jusqu'à quelques jours avant l'invasion. Fin mai, à cause ds renforcements des défenses allemandes dans le Cotentin, avec la présence de blindés au sud de Carentan, notre objectif initial de Ste Mère fut changé pour la zone de la rivière et la capture des ponts de St Côme. La capture de Ste Mère fut confiée à la 82nd Airborne..."
gennaker a écrit:
Its not over yet! hang in there fellas!! Very Happy


"...Avec la lumière de l'aube, on distinguait des parachutes abandonnés dans les champs. Certains pendaient des arbres, d'autre étaient étalés en travers des chemins. Il était évident que nous approchions d'un endroit où de nombreux troopers avaient été largués. Poze déclara qu'à son avis la route vers le nord était libre. Au moins on entendait pas de coups de feu provenant de cette direction. Le barrage que j'avais vu plus tôt avait dû être déplacé vers le nord. Ou alors, les allemands du barrage retenait leur feu. Mais notre objectif était au sud et nous nous mîmes rapidement en mouvement.Un peu plus tard, nous entrâmes dans Blosville. Il y avait des combats sur notre gauche mais les tirs ne nous paraissaient pas bien ajustés et quand on a riposté, les tirs se sont tus. On les a ignoré et on a foncé vers St Côme du Mont. L'heure approchait de 7 heures 30 ou 8 heures. Nous n'avions cessé de nous renforcer durant notre marche et nous comptions à présent 50 hommes, y compris le Lt Poze et moi-même.

En approchant de la sortie de Blosville, un Captain McNeilly du 501st, est arrivé sur la route et nous avons tenu conférence. Je connaissais et j'avais déjà travaillé avec Mc Neilly. Il était de San Francisco et c'était un mec génial et un type bien. Mais son expérience dans la conduite d'une patrouille de combat était encore plus limitée que la mienne. Je suis donc resté en charge du groupe et j'ai confié le groupe de droite au Lt Poze. Mc Neilly était en charge du groupe à l'est de la route. Il faisait à présent grand jour et on pouvait voir et être vu de loin. On a donc changé notre formation en une formation en carré, avec une pointe sur l'avant et sur l'arrière, et une pointe sur chaque flanc.

A environ 150 mètres devant moi sur la route progressait notre groupe de pointe constitué de deux hommes. Sur chaque flanc, à 150 mètres de par et d'autre de la route, marchaient deux hommes. Entre ces deux pointes sur chaque flanc, les hommes avançaient en tirailleurs, espacés de 20 mètres. On a fait la même chose sur l'arrière avec deux hommes en arrière garde, à 150 mètres de moi, et des tirailleurs espacés tous les 20 mètres. On pouvait ainsi se couvrir les uns les autres et conserver le contact visuel. On avait toujours notre prisonnier avec nous. Personne ne semblait en vouloir. Il y avait eu un petit attroupement de français à Blosville, mais ils ne voulaient pas s'approcher de nous et quand on leur a proposé de garder notre prisonnier, ils ont refusé. Tout cela fut négocié en langage de signes car il n'y avait personne qui parlait français dans notre groupe. Nous avions avec nous deux pilotes de glider à qui nous confîmes la garde du prisonnier à l'arrière de notre colonne.
A mon signal on a fait route au sud. Là encore, la singularité de la situation m'a frappé. Je ne m'étais jamais imaginé menant une patrouille de combat. Les techniques que j'utilisais étaient celles que j'avais apprises à Plant High School en suivant les cours du ROTC en 1936, des techniques que j'avais en suite enseignées en Basic Training en 41 et 42.
Bien que notre confiance soit revenue, on se sentait tous malgré tout très isolé. On entendait des coups de feu loin à l'est, mais c'était très ténu et difficile à distinguer. Il y eut cependant un bruit que je n'oublierai jamais. C'est le bruit d'une arme que nous allions désormais appeler "Burp gun" (pétoire à rot"- lit.) C'était une arme allemande qui pouvait tirer automatiquement ou en semi-automatique. Je n'en avais jamais vu ni entendu précédemment. Notre prisonnier avait été équipé d'un fusil ordinaire, mais j'avais entendu le "burp gun" tirer toute la nuit et je me demandais à quoi il ressemblait. Il avait l'air d'une mitraillette comme notre Thompson, et était utilisé de la même manière, sauf qu'il tirait une balle d'un plus petit calibre, mais il en tirait plus et beaucoup plus vite. De fait, il tirait tellement vite qu'on pouvait à peine discerner les espaces entre les détonations. Il semblait littéralement vaporiser des balles. Le simple bruit était énervant..."
gennaker a écrit:
"...Le matin est arrivé et c'était magnifique ; ciel sans nuage, air frais, et plus aucun avion d'aucune sorte en vue. Il y avait des échanges de coups de feu dans toutes les directions sauf loin dans l'ouest. On a fait route au sud vers St Côme du Mont qui ne semblait éloigné que de 5 ou 6 km. La formation en carré que nous avions adoptée progressait lentement. Les soldats qui protégeaient nos flancs à l'est et à l'ouest avançaient à travers champs et devaient franchir des clôtures et des haies, certaines comme je l'ai déjà mentionné, hautes de plus de deux mètres, avec une combinaison de tertre en terre, de buissons et d'arbres. Et bien entendu, avant d'escalader une de ces haies, il fallait s'assurer que le champs suivant était libre et qu'aucune mauvaise surprise ne nous y attendait. Donc, si le jour avait ses avantages, la vitesse n'en faisait pas partie.

On a continué la progression. Au bout d'une heure, j'ai ordonné un arrêt et j'ai appelé Poze et Mc Neilly ainsi que les hommes de flancs pour un petit meeting. Au terme de notre discussion, personne n'avait de meilleure suggestion à faire sur la manière de progresser. Les tirs étaient continus particulièrement venant de l'est, certains nous semblant destinés. Nous décidâmes de conserver cette formation en carré. A la fin de cette discussion, j'ai sorti mes deux bières que nous avons partagées. J'estimais que nous avions parcouru près de 3 km depuis Blosville. Quand nos canettes furent terminées, nous décidâmes de les laisser au milieu de la route comme témoignage des première canettes de Schlitz consommées en France. Nous reprîmes la marche.

Cinq minutes plus tard, l'homme de pointe fit un signe de la main et m'appela en avant. Je découvris ce qu'il avait vu. Sur la gauche du fossé se trouvait un allemand blessé. J'ai réuni la patrouille. L'allemand était touché au ventre et semblait en mauvais état. Il avait un aspect grisâtre et semblait totalement incohérent. Il y avait des parachutes agités par le vent dans les champs avoisinant et j'en déduis que les troopers l'avaient descendu. On a fouillé les environs mais n'avons trouvé personne. L'allemand geignait, les yeux fermés. On l'a désarmé et on s'est demandé que faire de lui. On a finalement décidé de le laisser là où il était. Il faisait pitié à voir, seul, grièvement blessé, si proche de la mort, avec notre groupe à le regarder. On n'a pas perdu plus de temps. On est reparti. Il ne représentait aucun danger pour nous. Je me souviens qu'un de nos gars lui a donné un peu d'eau et quelqu'un lui a relevé la tête. Il a cessé de geindre, mais sa respiration était difficile.

Plus loin sur la route, un homme de pointe signala un panneau en béton sur la droite de la route : Carentan - 6 km, Paris 250 km. On a plaisanté en se voyant à Paris le soir même. Peut-être tout simplement parce qu'il faisait jour et que notre chance tenait bon....
La route était à présent bien droite et mieux pavée, avec de petits fossés de chaque côté, des haies en bordure des champs, et de temps en temps, un petit ruisseau peu profond. A notre gauche, beaucoup de parachutes ; un peu moins sur la droite. On tombait à présent sur de nombreux "equipment bundles", dont certains étaient ouverts, et toujours connectés à leur parachute. On savait d'après leurs marquages ce qu'ils avaient contenu, mais comme nous n'avions aucun besoin de ces matériels, on les a laissé en l'état. Si seulement on avait trouvé un conteneur avec une radio ou une mitrailleuse, on aurait été comblé. Nos fusils étaient magnifiques mais quelques armes automatiques et des moyens de communication auraient grandement amélioré notre situation.
Au bout de quelques mètres, le flanker de gauche nous fit signe de stopper et l'info nous parvint qu'il avait trouvé un parachutiste américain mort. On ne savait trop que faire. On a continué et on l'a laissé sur place. On commençait à se faire tirer dessus spasmodiquement, de la gauche, à l'est de la route, là où se trouvait le plus grand nombre de parachutes..."
gennaker a écrit:
A l'attention du pseudo nommé Nensjack :
CE TEXTE M'APPARTIENT ; C'EST MOI QUI L'AI TRADUIT ET AMÉNAGÉ ; TOUTE UTILISATION INAUTORISÉE EST UNE VIOLATION DES LOIS SUR LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE.

ME VIRER D'UN FOFO Où L'ON M'ACCUSE DE TOUS LES MOTS POUR ENSUITE Y POMPER MES TEXTES EST UN PROCÉDÉ BAS ET ABJECT.
A BON ENTENDEUR...

"...Près de Lacroix-Pan, on a atteint le point le plus bas entre deux petites collines. Les marais de la Douve s'étendaient à l'ouest et une plaine marécageuse se prolongeait à l'est. Il y avait aussi une autre intesection mais nous avons continué tout droit. On trouvait de plus en plus de troopers tués ou blessés. Nous recevions aussi de plus en plus de coups de feu venant de l'est, mais rien de très dangereux, un coup ici et là et parfois une rafale de "burp gun". Dès qu'on commençait à riposter, les coups de feu se taisaient.
Les haies étaient si épaisses qu'il était impossible de savoir si on tirait dans la bonne direction d'où venaient les coups de feu. On espérait, et si le feu ennemi se taisait, on supposait qu'il était sans danger de continuer. On a ainsi progressé jusque vers les 10 heures 30 ou 11 heures du matin. A ce moment, on passé une nouvelle intersection qui je crois menait à droite vers Houesville, et vers l'est, vers Angoville au Plain.On a continué plein sud vers St Côme du Mont. Nos flankers dans les champs se fatiguaient. Ils venaient de parcourir 6 km à travers champs en escaladant les haies,. Nous étions tous fatigués car nous n'avions ni mangé ni dormi depuis les aérodromes en Angleterre. Nous étions éveillés et en marche depuis plus de 30 heures. Notre dernier repas remontait à 17 heures plus tôt. Nous stoppâmes un moment et j'appelai Poze. Je lui dit de partir en pointe car il nous fallait aller plus vite. St Côme du Mont était tout près, moins de 300 mètres.

Selon le plan de marche du régiment, St Côme aurait déjà dû être en nos mains depuis plus de 6 heures. Malheureusement, ce n'était pas le cas.
Poze s'est donc mis en pointe sur la droite de la route, suivi par un sergent sur la gauche de la route à moins de 15 mètres. Les flankers étaient à 80 mètres à l'est et à l'ouest de la route, avec un soldat pour faire la jonction avec le gros de la troupe sur la route. L'arrière était couverte par nos deux glidermen et leur prisonnier. J'avais réduit la formation car les haies étaient devenues plus menaçantes, avec une visibilité qui ne dépassait pas 80 mètres de chaque côté de la route. C'est ainsi que nous nous sommes rapprochés de St Côme du Mont.

En chemin, on a fouillé une très belle petite ferme, installé sur la droite de la route. Une haie partait de la maison vers le sud, et à l'intersection de la haie et de la route, il y avait un foxhole vide que nous avions repéré sur les photos aériennes. Le foxhole était vide mais semblait avoir été récemment utilisé. On a repris l'avance. Nous n'étions plus qu'à 150 mètres de St Côme. J'étais au milieu de la rote, contrôlant la formation de notre patrouille par des signes de la main. McNeilly était derrière moi à 1à mètres à gauche, et Poze à 25 mètres devant à droite.
A l'approche de St Côme, rien ne nous parut suspect. Les fenêtres des bâtiments étaient toutes fermées et obstruées par des volets de bois comme dans toutes les petites bourgades que nous avions traversées. Les portes étaient fermées. Personne dans les rues principales. Les vaches paissaient tranquillement dans les champs environnants. On entendait des détonations, allemandes et américaines dans le lointain. J'apercevais clairement les premières maisons sur la droite de la route et j'espérais fortement rencontrer le gros des forces du 501st..."
gennaker a écrit:
On me diffame, on me vilipende, et on vient pomper mes textes ici, où je ne cherche qu'à partager la passion de gens passionnés, c'est un peu relou non???

M'enfin!! revenons aux choses VRAIMENT intéressantes!

"....J'ai traversé la route pour me placer sur la droite. J'étais à présent en bas d'une légère montée avec St Côme du Mont comme point culminant. On est tombé sur des troupes, mais elles n'appartenaient pas au 501st ; En fait, ce n'était même pas des forces amies. Tout de suite après avoir intimé à Poze l'ordre d'avancer, j'ai entendu un mécanisme d'armement juste de l'autre côté de la haie sur ma droite. J'ai regardé d'où venait le bruit et il y avait un canon pointé pile dans ma direction. A l'instant où j'ai plongé dans le fossé, l'enfer s'est déchaîné. On nous avait tendu une embuscade. Je me souviens avoir vu Poze tomber au sol comme s'il avait lui aussi plongé dans le fossé. Le tireur se tenait derrière la haie. Je voyais son canon à travers les buissons et son arme était apparemment réglée sur automatique car chaque fois qu'il tirait il arrosait tout le secteur copieusement.

Au même moment, des tirs ont éclaté provenant de St Côme du Mont et des haies qui couraient d'est en ouest, en limite de la ville et perpendiculairement à la route sur laquelle nous nous trouvions. Heureusement, il ne semblait pas qu'il y eut plus d'un tireur juste au dessus de moi. Il avait un meilleur champs de vision sur la périphérie de la route qu'en dessous de la haie derrière laquelle il était embusqué. Donc, alors qu'il avait pu me voir quand j'étais debout, maintenant que j'étais allongé, il ne m'apercevait plus. Et je ne crois pas qu'il pouvait voir Poze. Après le premier coup de feu, ma patrouille a commencé à répliquer, lentement au début, puis de plus en plus férocement au fur et à mesure que les hommes trouvaient des positions de tirs. j'entendais McNeilly 40 mètres en retrait gueuler ses ordres, mais il était cloué au sol et ne pouvait pas bouger. Je savais que si je me redressais, l'homme derrière la haie me verrait. Mais si je restais étendu là, les tireurs de St Côme finirait par m'avoir. L'herbe était haute de plus de 30 cm dans le fossé, mais pas très épaisse. Il était encore tôt dans la saison et les herbes n'avaient pas encore poussé très haut. Elles me masquaient un peu, mais pas tant que ça.

La première chose qu'il me fallait faire, c'était de me débarrasser de ce tireur au dessus de ma tête. Je savais que je ne vivrais pas longtemps tant qu'il serait là. Il m'avait probablement vu plonger dans le fossé, mais il ne pourrait pas me descendre tant qu'il n'escaladerait pas le talus de la haie. J'ai sorti une grenade de ma poche, ai enlevé la goupille, et l'ai balancé par dessus la haie. J'espérais qu'il n'aurait pas le temps de me la renvoyer. Il ne l'a pas fait. Après qu'elle eut explosé, je ne l'ai plus entendu tirer et j'ai supposé que j'avais pour le moment au moins réglé ce problème
J'ai appelé Poze, mais n'ai reçu aucune réponse. Je suis resté étendu un moment qui m'a paru une éternité. Je ne pouvais lever le nez sans attirer immédiatement des tirs ennemis. J'ai hurlé à McNeilly de déclencher un tir de couverture. Il a compris et le tir de nos soldats a doublé d'intensité. Ce tir était suffisamment précis pour réduire l'intensité du feu allemand, et dès que j'ai senti que les tirs diminuaient, j'ai bondi hors du fossé, et en 10 pas rapides, j'ai plongé derrière un poteau téléphonique. Il n'offrait pas une formidable protection mais c'était mieux que ce que j'avais précédemment.
Alors bien sûr, j'était toujours partiellement exposé et j'attirais toujours le feu de l'ennemi. je ne pouvais pas rester là longtemps car ils finiraient par m'avoir. Je pense que seule la chance m'a sauvé. Il était clair que l'autre côté de la route offrait une bien meilleure protection j'ai donc sprinté pour traverser la route et plonger de nouveau dans le fossé. Comment j'y suis parvenu sans être atteint, je ne le saurai jamais, mais au mois ce fossé était plus profond et personne ne pouvait observer mes faits et gestes tant que je restais à plat ventre. Je me suis laissé glissé dans le fossé pour rejoindre Mc Neilly. C'est la distance la plus rapide que j'ai jamais rampé. j'étais tellement plein d'adrénaline que j'aurais pu ramper sur des kilomètres. J'avais à peine couvert 50 mètres que je suis tombé sur une buse de drainage où je me suis senti relativement à l'abri. Les tirs ont repris de plus belle et j'ai continué à ramper. Au delà de la buse de drainage j'ai dépassé la crête d'un petit promontoire derrière lequel mes hommes avaient pris position pour tirer, et je fus hors de danger immédiat. La première personne que j'ai vue était le capitaine McNeilly, et il riait de façon hystérique. Il dit qu'il ne m'avait jamais vu courir si vite de toute sa vie et que je ressemblais à un lièvre quand j'ai traversé la route sous le feu roulant des allemands. je ne crois pas qu'il trouvait cela si drôle ; il était juste tendu comme chacun de nous..."
gennaker a écrit:
Embarassed Embarassed

"On a alors cherché du regard Poze. On voyait clairement St Côme du Mont, dont nous n'étions séparés que de 200 mètres. On a continué à tirer et à appeler régulièrement Poze et le sergent. Aucun d'eux ne répondit. On a supposé qu'ils étaient soit hors de combat, soit trop près des allemands pour ne pas révéler leur position.
Notre patrouille tenait alors une bonne position de tir. Tous mes hommes étaient en position de combat sauf les deux glider et leur prisonnier. Ces pilotes de glider ne nous auraient pas beaucoup aidé de toutes façons car ils n'avaient pour armement que des pistolets, et je les voyais pelotonnés sur le côté de la route plus de 100 mètres derrière moi. On a ralenti notre cadence de tirs pour préserver les munitions. Il était évident que nous étions largement en infériorité numérique. Nous avions pour l'instant deux portés disparus et un blessé léger. J'ai envoyé des hommes à droite et à gauche pour en savoir plus sur l'importance de l'ennemi et connaitre sa position. Mais chaque fois qu'ils essayaient de se déplacer, ils attiraient le feu concentré des allemands. . Il était de plus en plus évident que les allemands étaient bien camouflés et bien décidés à défendre sérieusement St Côme du Mont.

Nous étions donc ainsi, à 2 ou 300 mètres au Nord de St Côme du Mont, face aux tirs intenses d'un ennemi supérieur en nombre. Nous n'avions ni armes automatiques ni radios, avec seulement nos fusils et nos pistolets. On se connaissait à peine, mais on commençait à bien se comprendre, et on travaillait bien ensemble. Malgré tout le boucan que l'on faisait, on ne semblait pas attirer d'autres américains dans le secteur. En fait, on ne savait absolument pas s'il y en avait d'autres par ici. Juste avant que nous décidions de rompre l'engagement, deux de nos hommes furent tués. Mc Neilly et moi tînmes un petit conciliabule. On a appelé les sergents et avons décidé que compte tenu de l'heure avancée dans la journée, et que nous n'avions pas les moyens d'attaquer la ville, on n'allait pas rester assis le reste de la journée à attendre je ne sais quel miracle. J'ignorais tout de surcroit de ce qui se tramait derrière nous dans le nord où nous avions entendu pas mal de coups de feu lors de notre avance sur st Côme. Nous savions qu'il y avait des allemands derrière nous mais nous ignorions où ils étaient et combien ils étaient.

Je décidai que la meilleure chose à faire était de diviser la patrouille, une partie restant avec Mc Neilly à tirer sur St Côme, et l'autre groupe avec moi pour partir vers le nord chercher des troupes amies. J'ai désigné 2 sergent et quinze hommes pour rester avec Mc Neilly, et je suis parti vers le nord avec le reste. Je savais qu'il nous fallait aller vite car il était déjà deux heures de l'après midi, et que plus aucun paras ne semblaient nous rejoindre. Plutôt que de progresser en carré, nous marchions en colonne par deux, de chaque côté de la route pour aller plus vite. On trottinait vers Blosville. Quand nous sommes repassés devant l'allemand que nous avions laissé, nous l'avons trouvé mort.

En arrivant sur Blosville, les deux canettes de bière avaient disparu. Quelqu'un était passé par là. Blosville était calme. Portes closes, volets fermés, vaches dans les champs.... mais personne dehors. Personne ne nous ayant dérangé, on a continué. Il y eu quelques tirs, très peu et nous avons marché plein nord. Les coups de feu ne semblaient pas déranger les vaches. Elles continuaient de paître. De temps en temps, l'une d'entre elle levait le museau et nous regardait.J'imagine que même en temps de guerre, les vaches mangent et doivent être traites. Certaines choses ne peuvent s'arrêter.

Environ une demi heure après notre départ de St Côme, on a atteint les limites de Ste Mère Eglise. Une petite unité de la 82nd Airborne avait établi un barrage près d'un glider écrasé. Ce glider écrasé fut la scène la plus sanglante que j'ai vue le Jour J. Il avait servi à transporter un canon anti char, mais le pilote avait raté la LZ et s'était écrasé contre un mur de pierre en limite de la route nationale. Si quelqu'un avait survécu, il n'était plus là. Il n'y avait que des corps. On a livré nos prisonniers et dit au revoir aux deux glidermen qui restaient avec la 82nd Airborne. Il était réconfortant de savoir qu'il y avait des forces américaines au nord et au sud du segment de route entre St Côme et Ste Mère. Et si nous n'étions pas en bordure de la rivière, au moins nous n'en étions pas très éloigné, et que nos patrouilles en long et en large de cette route nationale empêchaient les allemands d'y circuler. Avec le recul, je pense que nous étions l'avancée la plus occidentale de l'assaut du 6 juin. Peut-être la formation organisée la plus importante dans cette partie du territoire tenu par l'ennemi. En entendant l'importance des tirs venant de l'est de la route nationale, il était évident qu'il y avait d'importantes troupes allemandes entre nous et les forces d'invasion d'Utah Beach..."
gennaker a écrit:
Merci à tous! je ne fais pas cela par besoin de reconnaissance, mais vos commentaires me vont droit au coeur.


"...Nous sommes partis pour la Landing zone des gliders, en espérant que les opérations prévues pour le soir même étaient maintenues. Une des six Jeeps prévues pour le 501st m'était assignée.
En marchant vers le sud, on est passé tout près de l'endroit où j'avais atteri. A 1,5 km au sud de Ste Mère, on a rencontré une route qui part vers l'est et Hiesville. On l'a emprunté et on a essuyé des tirs allemands sporadiques. On a riposté et on a continué. Ce genre de combat ne menait à rien. Il était impossible de voir qui vous tirait dessus. On ne pouvait qu'espérer que nos ripostes trouvaient leur cible, ou du moins en approchait. Si le feu ennemi s'arrêtait, on pensait qu'on avait gagné. On ne s'approchait pas pour vérifier s'il y avait des corps. Cela prenait trop de temps et était trop dangereux. On continuait juste la progression vers l'objectif.
A Hiesville, il y avait déjà des gliders dans le champs, ceux qui étaient arrivés environ 3 heures après notre saut (Glider mission "Chicago", ETA 04.OO BDST ndlr.). Le général Pratt, le commandant adjoint de la division, fut tué lors de l'attérrissage de son glider. D'ailleurs, son corps n'avait toujours pas été enlevé lorsque nous arrivâmes sur la landing zone. Il y avait pas mal de soldats de la 101ème sur place. Une cinquantaine environ. Ils se tenaient près d'une ferme et je réalisai bientôt qu'il s'agissait du poste de commandement de la division. La ferme était grande et bien aménagée, entourée de grands arbres qui offraient une bonne protections contre les observations aériennes. Il n' y avait aucune grosse légume (pas de hauts gradés). Quelques hommes avaient commencé à mettre des cartes aux murs et préparait le centre de commandement à être opérationnel. Ils m'ont briefé sur la situation en 10 minutes et ont intégré sur leurs cartes les éléments que je leur communiquais. Je suis ensuite parti pour la landing zone au sud de Hiesville que j'ai atteint entre 6 heures 30 et 7 heures du soir.
Pile à l'heure, les C 47 attendus, tirant les gliders en remorque, deux par avion, sont apparus venant du nord (Mission Keokuck ndlr). En vue de la landing zone, les gliders se sont détachés et ont manoeuvré pour l'atterrissage. Quel bordel! Les champs étaient tout petits, et il y avait encore de nombreux obstacles anti glider et anti parachutistes dans ces champs. Il y eu aussi quelques coups de feu tirés par les allemands contre les planeurs. Les gliders ont commencé à plonger vers les champs. Certains arrivaient trop courts, d'autres trop longs... mais tous ont touché la terre très durement. Certains ont eu les ailes arrachées, d'autres se sont télescopés.. mais finalement tous étaient au sol. J'avais déjà assisté à des atterrissages de glider auparavant, et je savais que les glidermen et leurs pilotes méritaient vraiment leur soldes dans cette branche de l'armée, comme le prouvaient ces hommes ce soir là. Je suis sûr qu'il y eut des pertes, mais nous n'avions pas le temps de décompter les corps.
Je sais qu'il s'est produit de nombreux miracles le DDay. Mais moi, j'ai connu mon second miracle quand le glider qui transportait ma jeep a atterri à l'heure et exactement à l'endroit prévu.. Je n'étais pas éloigné de plus de 40 pas quand il a atterri. Le nez de l'appareil s'est relevé et ma jeep en est sortie! J'ai appelé mon chauffeur par son nom. Il m'a reconnu et est venu vers moi.
Nous étions restés isolés durant 18 heures ce jour là. On nous avait tiré dessus, et nous avions eu des pertes, et infligés des pertes mais l'arrivée de cette jeep était un vrai miracle. Dans ce petit champs, 20 gliders avaient atteri. Pas un seul n'était réutilisable. Certains étaient totalement démolis..."
gennaker a écrit:
"...Quand je suis revenu au CP de la division, on m'a demandé d'organiser la sécurité du CP, car la nuit tombait vite et il y avait toujours énormément de coups de feu venant des allemands. J'ai organisé des tours de garde avec d'autres soldats qui avaient aussi rejoint le CP. J'ai pris en charge un secteur à 250 mètres au nord du CP. J'y ai emmené mon petit groupe et on s'est organisé pour la nuit. On a mis en place des sentinelles et on a pris position dans un groupe de fermes solidement bâties, avec une étable, une grange à foin, un atelier.... le tout construit autour d'une cour pavée. C'était comme à la maison! Il y avait déjà une infirmerie dans l'un des bâtiments qui était parfaitement opérationnelle et il y avait déjà pas mal de blessés américains et allemands allongés sur le sol. Certains étaient appuyés dos au bâtiment. D'autres étaient simplement allongés dans la cour. Dans la lumière diffuse, je voyais nos infirmiers s'activer. N'ayant pas besoin d'eux, je me tenais à l'écart.

Je me suis assis près de l'atelier, à côté d'une charrette à foin et j'ai ouvert ma première K ration. Jambon et oeuf en conserve, une barre de fruit, quelques biscuits qui ressemblaient et avaient le goût de biscuits pour chiens, et une barre de chocolat dur comme du bois en guise de dessert. Cette barre était si dure que si vous la lanciez comme une pierre, elle aurait fait office d'arme extrêmement dangereuse. Il y avait aussi une espèce de café en poudre. je l'ai conservé dans ma poche et j'ai dévoré le repas en un temps record.

J'étais du deuxième tour de garde cette nuit là ; je suis donc allé dormir un peu après manger. Il faisait nuit et il y avait énormément de détonations dans le secteur. On entendait aussi gémir les blessés à l'infirmerie. Je me suis pourtant endormi comme une masse et quand mon tour de garde est arrivé, j'avais l'impression de n'avoir dormi que quelques minutes. J'ai effectué mes deux heures de garde, ai réveillé la relève et me suis recouché. J'ai dormi une heure et cela m'a fait du bien.
Au réveil, j'ai découvert que d'autres membres du 501st étaient arrivés au command Post. Je me suis dirigé vers le CP et ai rencontré le Colonel Kinnard. Cela faisait ainsi deux personnes de mon avion qui avaient survécu. Il dit que nous partions dans quelques minutes pour rejoindre le 506. Il me demanda combien d'hommes j'avais et je lui répondis 35. Je lui ai parlé de Mc Neilly à St Côme du Mont avec ses 15 hommes. Kinnard avait environ 150 hommes avec lui. Je lui ai demandé des nouvelles du reste du régiment, et il me dit qu'il savait où était Col Ewell et son bataillon, mais qu'il ignorait tout des autres....
Une bataillon parachutiste en ordre de combat consistait en 3 compagnies de fantassins et d'une compagnie Headquarters, pour un total d'environ 600 hommes et officiers. Le bataillon d'Ewell, à ce moment là, ne ressemblait en rien à une unité organisée. Il disposait de 150 à 200 hommes, à peine organisés en compagnies. Ils avaient été très efficaces dès les premières heures du D Day, en réserve de la division. Il ne disposait alors que de 50 soldats. Mais ils avaient dégagé une des 4 voies d'accès aux plages (Exit N° 1 à Pouppeville ndlr). Le dégagement de ces voies était vital pour assurer le passage et la sortie des forces d'invasion venues par les plages. Utah Beach faisait à peu près 6 km de long. Elle avait été choisie pour le débarquement du 7ème Corps, sous le commandement du général J. Lawton Collins, aussi connu sous le nom de "Lightning Joe"..."
gennaker a écrit:
"...La mission d'Ewell cette nuit là était de servir de réserve sous la direction du général Max Taylor et de faire ce que Taylor lui demandait. Puisque les sauts avaient été très dispersés, Taylor demanda à Ewell d'utiliser ses faibles forces pour ouvrir la chaussée la plus proche, ce que Ewell fit (Exit N° Pouppeville ndlr).
A environ 4 heures 30 le lendemain matin, à J+1, Le battaillon d'Ewell se trouvait de nouveau en réserve. Kinnard assurait le commandement de notre part du régiment qui, sans compter Ewell, représentait moins de 200 gars. La situation du Colonel Johnson, notre CO, ainsi que la location du reste du 501st n'était absolument pas claire. J'appris plus tard que le 1st Battalion avait été sérieusement amoché en sautant tout près de la drop zone qui était vigoureusement défendue par les allemands. Le commandant du battaillon, Col. Robert Carroll avait été tué avant même de pouvoir se débarrasser de son harnais. Colonel Johnson avait atterri en toute sécurité, avait rassemblé un petit groupe d'hommes, et s'était directement dirigé vers son objectif, un petit barrage avec écluse sur la Douve, à 1,5 km de la route nationale entre Carentan et Ste Mère Eglise. Johnson et sa troupe qui comptait à peine 100 hommes en ces premières heures du DDay, s'empara des écluses et traversa la Douve pour en assurer le contrôle du passage. Ces écluses contrôllaient le niveau de la Douve et étaient essentielles pour s'assurer que les marais empêcheraient le passage des forces blindées allemandes vers les plages. Au moins une partie des objectifs du régiment fut accomplie avec rapidité et succès.
Le Colonel Robert Ballard, de Jacksonville, Floride, commandait notre 2nd battalion 501st. Plus tard, il prendra le commandement du 501 quand Johnson sera tué en Hollande et Ewell blessé à Bastogne. Il deviendra aussi le commandant général du Florida National Guard. Bob et sa femme vivent maintenant au sud de Miami, à Goulds. Il avait atterri non loin de la DZ entre Vierville et Angoville, sur l'une des routes qui mène à St Côme du Mont. Son bataillon avait rencontré une rude opposition mais s'était vite organisé et s'était mis en ordre de combat pour protéger la route de st Côme. A ce moment, à J+1, je n'avais guère d'infos sur Ballard ou Johnson ou sur le destin du 1st Battalion. On a quitté le Command Post de Hiesvile et avons pris la direction de Vierville avec la mission de nous emparer des ponts sur la Douve entre St Côme du Mont et Carentan. L'avancée entre Hiesville et Vierville a été calme et sans événement. Il y eu quelques échanges de tirs qui ne nous ont pas dérangés.
Ce n'est qu'en atteignant Angoville que la première action sérieuse s'est déclenchée. Quand on a atteint Angoville, il y avait déjà des américains, apparemment des éléments de notre 1st battalion. On a échangé quelques infos avec eux et alors qu'on discutait, nous avons essuyé des tirs. J'ai bondi dans une grange adjacente à une ferme à l'est de la petite route sur laquelle nous marchions. Il devait être 9 heures 30 ou 10 heures du matin. Je me sentais en sécurité dans cette grange, avec ses murs de pierres solides et son toit de tuiles. Au début, on a essuyé des tirs de fusils et de mitrailleuses, auxquels nous avons riposté. Puis des obus de mortiers ont commencé à pleuvoir... C'était la première fois que je recevais des tirs de mortiers depuis le début de l'invasion. Après trois ou quatre tirs sur Angoville, un obus toucha le toit de ma grange. Ce toit était solide et couvert de tuiles épaisses de plusieurs centimètres, mais quand l'obus a explosé, ces jolis tuiles de brique rouge se sont transformées en armes mortelles. J'ai appris ce jour là et pour de bon, de rester éloigner de ces toits en tuiles rouges, même si elles étaient supportées par de bons murs de pierre. J'ai aussi appris ce jour là que la première chose à faire quand vous entrez dans une maison, c'est de casser tous les carreaux. J'étais passé par quelques maisons le Jour J, mais aucun tir d'artillerie ni de mortiers ne m'étaient alors destiné, et je me sentais en sécurité derrière des fenêtres aux vitres de verre. Mais ce jour là à Angoville, j'ai compris combien le verre et les tuiles pouvaient être dangereux...."
gennaker a écrit:
"...On a eu quelques blessés, je ne sais plus combien. Au bout d'une heure, les tirs ont cessé. Il semblait que les troupes allemandes qui avaient pris position sur ou près des plages et qui en avaient été chassées par les troupes d'invasion, refluaient maintenant vers nous. Avec la 4th ID et des éléments de la 101st qui les poussaient au derrière par l'est, et les seuls passages sur la Douve et vers Carentan bloqués par nos soins, on descendait les allemands unités par unités alors qu'ils cherchaient une meilleure position. Notre route au sud ouest vers St Côme était toujours coupée. Nous passâmes donc le reste de la journée dans le secteur Vierville-Angoville. Il y avait trop de résistance sur st Côme pour tenter quelque chose. Il y avait également trop de troupes ennemis dans notre nord est pour tenter quelque chose par là. On s'est donc installé pour la nuit....

Dans le même temps, j'avais commencé à presque aimer les K -Rations. Je n'avais pas encore eu l'occasion de goûter les boissons en poudre, mais les oeufs et le fromage étaient bons. J'étais moins enthousiaste sur le reste. J'étais toujours à me bagarrer avec ma première barre de chocolat, et malgré que je l'ai eu portée toute la journée dans ma poche de pantalon, elle n'avait toujours pas fondue!! Je pense qu'elle devait être mélangée à du béton!

Bon, voilà mes deux premiers jours de l'invasion. La première journée semblait ne jamais vouloir finir, et la seconde a passé si vite que je m'en souviens à peine. Finalement, on a pris St Côme du Mont. Au lieu de la prendre avec une compagnie du 501st, comme originellement prévu dans le plan d'invasion, ou même avec ma petite patrouille de combat comme j'avais essayé de faire le Jour J, il a fallu toute la division en plus des tirs du croiseur "Quincy" et 8 ou 10 chars du Vth Corps. Cela a coûté beaucoup de vies, allemandes et américaines. Mais au bout du troisième jour, nous tenions St Côme du Mont, contrôllions les ponts et l'accès à la Douve était sécurisé. Notre première mission était accomplie.

A la fin du troisième jour, le 501 fut mis en réserve de la division près de Vierville. On s'est rassemblé là. Colonel Johnson, notre CO, et son groupe sont arrivés avec environ 150 prisonniers allemands. Ewell et son bataillon nous ont aussi rejoint. Ballard et son bataillon étaient là également, et si je ne peux pas dire que nous étions heureux, nous étions du moins soulagés. Je me souviens avoir fait l'appel ce soir là à Vierville et de notre groupe arrivé par parachute de 2 000 hommes, nous n'étions que 600 ou 700.
Heureusement, les jours suivants, de plus en plus d'hommes du 501st sont arrivés et le 4ème jour nous étions 800 ou 900 officiers et hommes de troupe. On s'est organisé très rapidement, redonnant les ordres, redistribuant les armes, récupérant les equipment bundles dans les champs, surtout les radios. La troisième nuit, j'ai creusé mon premier foxhole en France. Ce n'était pas un très bon trou. Le sol était dur et j'étais fatigué. Mais je me suis concocté un petit nid, me suis enroulé dans un parachute et avant de pouvoir compter dix, je dormais. Cette nuit là et les jours suivants, la guerre a continué...."
gennaker a écrit:
"...Quelques jours après le 4 juillet 1944, le 501st est retourné en Angleterre. Je m'étais envolé deux jours auparavant pour préparer la réouverture de notre camp à Hampstead Marshall près de Newbury. J'ai retrouvé le régiment à Southampton avec les transports adéquats pour rallier notre "home" distant de 50 ou 60 miles. J'avais de la place pour 800 hommes et il me restait un peu de rab...

Dès cadres originaux qui ont formé le 501st à Toccoa en 1942, il ne restait à la fin de la guerre que 12 ou 15. L'officier du Personnel m'a dit lors de notre dernière fiesta à Auxerre en 1945 (quelle fête ce fut!!) qu'il y avait 12 000 hommes inscrits sur les registres de personnel pour parvenir à maintenir un effectif constant de 2 200 hommes dans notre régiment!

la guerre dévore litéralement les hommes! Tous n'ont pas été tués. Certains ont simplement abandonné en chemin. D'autres se sont blessés, ou ont été blessés....

Le 501st a connu beaucoup de journées exceptionnelles, mais pour moi, rien ne compare au D Day!

Je pense qu'une petite annotation personnelle est nécessaire ici ; Je ne veux pas laisser à penser que j'ai été courageux ou un héros. J'étais simplement là, et j'ai fait ce que je devais faire, et ce qui pouvait être fait. Il y a eu énormément de héros. Certains sont morts, d'autres ont survécu.

Je suis sûr que vous vous demandez pourquoi ces souvenirs demeurent si précis dans ma mémoire. Je réalise en parlant avec d'autres qui y était qu'ils ont la même mémoire vivace. Pour la plupart d'entre nous, le reste de la guerre disparait dans les méandres de nos souvenirs, mais le D Day et les quelques jours suivants sont comme gravés dans nos cerveaux! "

Congressman Sam Merville. Gibbons



[center]JUNE 6, 1944 -- I WAS THERE


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